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 Dieu t'aurait-il fait ainsi ? ◆ Néhémie et Flavie

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Sam 4 Aoû - 22:26

Dieu t'aurait-il fait ainsi ?

Néhémie & Flavie

D'une main tremblante, Flavie parcourait les différents ouvrages alignés sur les étagères de sa bibliothèque. Elle était moins grande, bien plus modeste que celle qui s'élevait dans le château de Tourlaville, mais elle contenait la plupart des livres lus par Flavie - y siégeaient tous ceux qu'elle avait appréciés, et la gourmande des lettres trouvait quasiment toujours, au fil des pages, quelque chose pour lui plaire. Ses yeux déchiffraient chaque titre, en vitesse, tandis que sa main droite se crispait autour de la chandelle qui éclairait les tranches. Mais elle ne trouvait rien, aucune oeuvre qui, dans le souvenir qu'elle en avait, ne contenait quelconque histoire semblable à celle qu'elle venait d'entendre. Jamais elle n'avait eu vent d'une telle chose. Un péché, sans aucun doute. Une déviation qu'elle n'avait jamais envisagée, et à laquelle les livres ne lui avaient jamais donné l'occasion de penser. Et pourtant. Se pouvait-il que cela soit vrai ? Deux hommes, ou deux femmes, bien sous tous rapports, partageant cependant autre chose que de l'amitié ? Un deuxième sentiment, glissé par erreur ? Non, la nature était bien faîte : et bien qu'elle ne fût pas au courant de tous les détails, cloisonnée dans une éducation assez pudique, Flavie se doutait tout de même que l'homme et la femme étaient faits pour être liés d'amour, et que c'était leur compatibilité anatomique qui dictait la naissance de ce sentiment plus fort que tout. Entre deux hommes, il y avait l'amitié, la fraternité, et c'était tout.

En pensant à la fraternité, Néhémie et Léon apparurent tout de suite dans l'esprit de Flavie. Et elle se rappela que sa stupeur, face à cette accablante découverte, émergeait de ce qu'elle avait ouï au détour d'un couloir, et que cette conversation avait été à propos de son frère. De quel autre "Monsieur de Ravalet" pouvait-il s'agir, puisque Léon élisait encore domicile loin de là, en Normandie ? Flavie se laissa tomber sur le fauteuil face aux étagères, et appuya sa main contre son front. A vrai dire, les commérages entendus ce soir-là n'étaient pas les premiers à se glisser dans son oreille : depuis son arrivée à la Cour, elle avait entendu les rumeurs, mais elle les avait toutes occultées, jusqu'à ce qu'elles ne deviennent trop bruyantes. Il n'était pas non plus tout à fait vrai que l'idée d'un amour entre personnes de même nature n'avait jamais germé dans son esprit ; mais la piété de Flavie arrachait ce genre de pensées dès lors que celles-ci germaient, si bien qu'elle croyait parfois découvrir un péché auquel elle avait pourtant déjà été confrontée. Comme si elle endormait sa mémoire pour que son innocence survive. Pour se protéger, et protéger les siens du mal qui avait accablé ses ancêtres, elle ne pouvait complètement faire face à la vie, et se devait de conserver la pureté qui avait manqué à sa famille au début du siècle.

« Il est charmant, je vous le concède ; mais, sans vouloir vous décevoir... Je crois que ni vous, ni moi, ni aucune autre femme n'a ses chances, puisque Monsieur de Ravalet, paraît-il...», la voix s'était presque tue, « préfère la compagnie masculine dans son lit ». Une larme coula sur la joue de Flavie. Elle se leva, la fatigue l'ayant quitté depuis longtemps, saisit sa chandelle et se dirigea vers les appartements de son frère, non loin des siens. Elle avait besoin de le voir, cela ne pouvait attendre. Elle ne voulait pas se mettre à chercher quoi dire, ou bien elle risquait d'abandonner et de minimiser la chose le lendemain. Pourvu qu'il y soit... Arrivée à la porte, elle fut annoncée par le garde, et ne tarda pas à pénétrer dans la chambre de son frère. Bien que parfaitement réveillée, elle paraissait au contraire manquer de sommeil : ses cheveux relevés tenaient à peine en place, et des cernes se creusaient en-dessous de ses prunelles encore humides. La jeune femme s'approcha et salua son aîné, avant de le dévisager. Elle s'était peut-être attendue à le voir sous un autre jour ; mais dès que ses yeux se posèrent sur lui, elle reconnut l'air profondément aimant et protecteur qu'il affichait toujours avec elle, et cela la rassura, sans pour autant éteindre son agitation.

« Néhémie, mon cher frère, il est rare que je vous rende une visite aussi tardive. Et pourtant, vous m'en avez donné beaucoup, alors que j'étais petite fille et que vous me faisiez la lecture, vous souvenez-vous ? ». Elle s'arrêta, incertaine de la façon dont elle allait amener le sujet. C'était compliqué, mais il était encore la première personne avec qui elle pouvait aborder les questions incommodantes. « Vous m'avez accompagné sur la plus délicate des enquêtes... Vous m'avez conté la plus sombre des histoires, la nôtre... Figurez-vous que ce soir, j'ai moi-même ouï une histoire des plus dérangeantes... ». Flavie parlait avec un certain aplomb, inspirée malgré tout dans sa peine. « Et si je viens vers vous maintenant, c'est moins dans le but de vous la partager, mais davantage car je crains, je crains si fort, que vous la connaissiez déjà, et que vous ne m'en ayez rien dit ». Sa voix s'était progressivement envolée dans les aigus, plaintive. Les poings fermés, enserrant la hanse de sa chandelle, elle avait le visage et l'âme mitigés entre douleur, colère et effroi.
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