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Forum en cours de refonte,
passez souvent nous voir pour découvrir surprises et nouveautés !

 Isabeau de Jarjayes ◆ comme un oiseau en cage

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Sam 16 Juin - 14:03

Isabeau de Jarjayes

Chacun fait ici-bas la figure qu'il peut ; et bel esprit, il ne l'est pas qui veut.
Prénom(s) : Isabeau, Gabrielle, Antoinette◆ Nom : de Jarjayes ◆ Surnom : Aucun officiellement. Dans son dos, on l'appelle parfois "Dame Cimetière" en raison de sa santé fragile. ◆ Date de naissance : 21 avril 1648 ◆ Âge : 24 ans. ◆ Orientation sexuelle : Hétérosexuelle ◆ Situation matrimoniale : Mariée et mère de trois enfants, Oscar (7 ans), André (5 ans) et Anne-Françoise dite "Nanette" (2 ans)◆ Métier : Vicomtesse ◆ Religion : Huguenotte ◆ Groupe : Jupiter ◆ Célébrité : Isolda Dychauk ◆ Crédits : malheureusement non retrouvés.
Pardonnez-moi, je cherche à me rendre dans les jardins, le roi y organise ce soir une fête superbe mais avec tous ces déménagements, je suis totalement perdu quelque soit le lieu où je me trouve ! Pourriez-vous m'aider ma chère ? Oh, je crains de ne pas pouvoir vous être d'une grande aide, je suis malheureusement arrivée moi aussi il y a peu et j'ai encore bien de la peine à me repérer dans ces couloirs... Mais si l'on en croit l'ombre que le soleil projette au sol, nous nous trouvons à l'ouest du château, il me semble que les jardins sont plutôt à l'est, il vous suffit donc de prendre ce couloir-ci, je suppose que les bruits de la fête achèveront de vous guider. Merci ! Je ne saurais vous exprimer toute ma reconnaissance. Mais, vous qui m'êtes d'une aide si précieuse, saurez-vous me dire où je puis trouver quelqu'un capable de m'aider dans une affaire délicate ? Gabriel de La Reynie s'est montré si zélé qu'il nous a assurément privé de certains services que ces diables pouvaient nous rendre. Je ne suis pas certaine de comprendre ce dont vous avez besoin... Mais j'imagine que si votre requête est de toute bonne foi, vous trouverez de l'aide auprès du Chevalier de Lorraine. On dit qu'il tient toute la cour dans la paume de sa main. D'ailleurs, en parlant de service, vous me semblez des plus agréables... Peut-être pourriez-vous m'en rendre un ? Monsieur, je pense que vous faites erreur, je crains de ne vous être d'aucune utilité dans ce domaine. Vous devriez vous hâter, les festivités du Roi ne vous attendrons pas.

21 Avril de l'an de grâce 1648

Edouard de Giligny rentrait de la chasse. Il était nerveux, comme à chaque fois que son épouse approchait du moment de l'enfantement. C'était le sixième. Auparavant, le couple n'avait eu que des garçons, tous vigoureux, et le Baron s'en félicitait. C'était une chance inouïe de n'avoir perdu aucun de leurs chers enfants. Cependant, celui-ci serait peut-être le dernier. La Baronne approchait la trentaine et les médecins lui avaient déconseillé fortement d'entrer une nouvelle fois en couches ; c'était donc la dernière chance pour elle d'espérer avoir une fille. Edouard considérait de façon égale la possibilité d'avoir un héritier ou une héritière mais il savait qu'Éleonore mourait d'envie de s'occuper d'une demoiselle. Aussi espérait-il que les voeux de son épouse seraient enfin réalisés.

Les pas de l'étalon d'Édouard résonnèrent dans la cour de leur pavillon alors que des valets accourraient pour le prendre en charge. Il n'avait rien attrapé cette fois-ci, sans doute trop préoccupé, bien qu'il se voulait pas se l'admettre, par l'état de son épouse. Alors qu'il descendait de cheval et s'approchait de l'entrée, défaisant ses gants, il vit une jeune servante descendre comme une furie des escaliers principaux, chose qui était interdite, pour se précipiter vers lui, au mépris de toute convenance. Le Baron se figea. Pour qu'une de ses domestiques fasse ainsi fi des règles élémentaires dans ce qui semblait être de la panique, la situation devait être grave.
L'espace d'un instant, sa gorge se serra. Et si Éléonore était morte ? Si ce dernier enfant avait eu raison d'elle ?
Heureusement, son coeur n'eut pas le temps de connaître cette impression de descente folle à la pensée du chagrin. Le sourire de la jeune servante, toute heureuse d'avoir aidé pour la première fois à un accouchement, le rassura.

Une fille ! C'est une fille ! Monseigneur, toutes mes félicitations !

Bien que ce fût la sixième fois, Edouard se sentit soudain gonflé de fierté et de joie. Il ne se formalisa pas des manquements à l'étiquette de sa domestique et se surprit à courir comme à l'âge de ses vingt ans vers la chambre de son épouse.

Éléonore ! Éléonore !

Il entra comme un fou, surprenant le médecin qui terminait de nettoyer ses outils, les jeunes domestiques qui faisaient des boules avec les linges souillés et la vieille nourrice, qui tenait un petit corps déjà emmailloté dans ses bras tandis que la maîtresse de maison semblait à demi assoupie. Elle sourit néanmoins faiblement à l'arrivée de son époux et tendis une main vers lui, depuis son lit.

Doucement mon ami, pas si fort... Vous allez lui faire peur.

La gouvernante tendit alors le nouveau-né à la trentenaire qui le reçut avec un air attendri. Edouard, plus calme, s'approcha d'elle et découvrit avec émerveillement le visage de son unique fille. Ses grands yeux bleus qui lui mangeaient presque tout le visage le fixaient calmement alors que de petites bulles se formaient au coin de sa jeune bouche. Une mince mèche de cheveux d'un blond si clair qu'il paraissait presque blanc habillait déjà son petit front pâle.

Comment allons-nous l'appeler... ?

Edouard caressa très délicatement la petite tête de son enfant en souriant.

Bienvenue chez vous, Isabeau de Giligny.

13 octobre de l'an de grâce 1659


La jeune demoiselle de Jarjayes, assise à sa table d'études, fixait sa mère. Ses sourcils si blonds qu'ils paraissaient inexistants se fronçaient et sa bouche formait une moue d'incompréhension.

Je ne comprends pas. Comment des gens peuvent avoir le même Dieu et être en désaccord ? Ça n'a pas de sens !

Éléanore soupira en refermant la bible en français qui était posée sur le lutrin. Isabeau avait toujours été de nature curieuse mais elle était arrivée à l'âge où elle posait des questions qui se révélaient gênantes. Comment expliquer à une enfant de 10 ans le conflits qui opposait les huguenots aux papistes ? Lentement, la baronne alla s'asseoir près de sa dernière, en réfléchissant à un angle d'attaque.

Voyez-vous Isabeau... Si la religion n'était qu'une affaire de foi, le monde n'en serait que plus simple. Il faut que vous sachiez que pour les catholiques, les postes religieux donnent une importance dans la société, qui permet de contrôler les autres. Beaucoup de préceptes ne sont là que pour contrôler les fidèles... Retenez qu'avant le onzième siècle, le voeu de chasteté n'existait pas chez les prêtres. L'Église catholique le leur a imposé pour conserver leur patrimoine. De même, si la messe est dite uniquement par des hommes du pape, c'est pour éviter que les fidèles ne s'instruisent et pensent trop par eux mêmes.

La petite fille hocha sagement la tête. Elle semblait réfléchir très sérieusement à ce qu'elle venait d'entendre.

Mais, Mère, pourquoi voudrait-on empêcher les autres de s'instruire ?

L'esprit vif de sa fille faisait autant la fierté que le désespoir de la Baronne. Après s'être mordu la lèvre, elle repris.

Un peuple qui réfléchit, Isabeau, c'est un peuple qui est capable de remettre l'autorité en question. Et c'est une perspective qui ne plaît pas aux détenteurs du pouvoir... C'est pour cela que nous n'avons aucun chef d'Église et que nous n'utilisons pas la menace de la colère de Dieu pour plier les autres à nos désirs.


Isabeau triturait l'ourlet de sa jupe avec un air contrit.

Mère, je ne suis pas sûre de bien tout comprendre...

Éléanore posa une main sur l'épaule de sa fille avec un air attendri.

Ces considérations ne sont pas encore de votre âge Isabeau, vous comprendrez cela plus tard... Allez donc dans le salon, il me semble qu'il est l'heure de votre leçon de clavecin.

5 février de l'an de grâce 1663

Le jeune homme se tenait dans un coin de la salle, dans sa tenue d'apparat. Il avait le dos droit et la mine sévère du militaire en service malgré la coupe de champagne qu'il tenait entre ses doigts. Il fixait une étrange jeune fille, assise seule sur un canapé, agitant machinalement son éventail. Elle n'était pas belle, ça non. Le visage trop rond, le front trop grand, les lèvres trop petites, les sourcils trop blonds. Pourtant... Pourtant elle était loin d'être laide. Elle dégageait quelque chose de différent des autres jeunes filles. Elle semblait inatteignable, détachée des considérations du monde des mortels, comme une Vierge descendue des cieux. Et cette candeur qui semblait l'habiter...

Une main amicale posée sur son épaule l'arracha à sa contemplation.

Eh bien, mon cher Valérian, que lui trouvez-vous à cette jeune demoiselle ? Vous n'êtes pas sans savoir que c'est Isabeau de Giligny ! On la dit marginale et simple d'esprit, puis ce n'est que la dernière héritière d'un baron !

Sans se départir de sa rigidité militaire, le futur Vicomte de 18 ans posa sa coupe sur le plateau d'un laquais qui passait. Il adressa ensuite un sourire poli bien que fort mince, à son interlocuteur.

Vous savez que je n'ai de goût que pour l'originalité.

L'homme eut un petit rire mi amusé, mi sarcastique, tout en jetant de temps à autres des regards en direction de l'objet de leur discussion.

Il est vrai, enfin, il existe tout de même une différence notable entre les objets que vous aimez collectionner et les femmes que vous... Mais où allez-vous ?


Valérian se retourna à peine vers son ami. Cette fois, son regard semblait presque pétiller.

Me faire inscrire sur son carnet, pardi !

27 novembre de l'an de grâce 1663

Isabeau fixait l'extérieur à travers les vitres du carrosse. Elle paraissait sereine, rêveuse, comme à son habitude. A côté d'elle, sa vieille nourrice se tenait, tel un chien de garde et fixait d'un oeil méfiant le jeune Valérian de Jarjayes. Depuis le début de l'année, ce jeune officier à l'oeil sombre et au maintien rigide faisait une cour assidue à la jeune Isabeau, au grand étonnement de ses parents. Après plusieurs visites au domicile familial et une correspondance dûment contrôlée, le Baron de Giligny avait consenti à ce que le jeune homme emmenât sa fille en promenade dans Paris. Quand ils arrivèrent au niveau du Palais Royal, le militaire demanda à son laquais d'arrêter le véhicule. Il aida galamment les deux femmes à descendre puis ils commencèrent à déambuler au milieu des quartiers aisés de la capitale. Valérian et Isabeau marchaient devant, à une distance respectable l'un de l'autre tandis que la gouvernante suivait, si discrète qu'elle était obligée de renifler à intervalles réguliers pour les assurer qu'elle était toujours là. Le visage de la jeune femme paraissait émerveillé.

C'est la première fois que je viens à Paris... Jamais encore je n'ai vu tant d'agitation, c'est fantastique !


Le jeune homme sourit. Ses sourires étaient toujours en coin, fins, très discrets. Il avait de la peine à se montrer galant, bien que la compagnie de la jeune femme l'enchantât au plus haut point.

Oh, eh bien... Il serait dommage que vous ne rameniez pas quelque chose pour marquer votre première venue dans la capitale ! Laissez-moi vous l'offrir !


Isabeau, surprise, rougit aimablement et sembla hésiter.

Oh je... Vous me flattez mais je ne voudrais pas vous obliger à quoi que ce soit...

Le jeune officier fronça un peu les sourcils. Il ne s'attendait pas à la mettre mal à l'aise ! Enfin... Bien sûr qu'une jeune femme aurait feint le refus par pure politesse mais la façon de faire d'Isabeau semblait si sincère !

Pardonnez-moi d'insister. Je serais très flatté de vous faire ce modeste présent. Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? Un chapeau ? Des gants ? Un bijou ?


Il était lui-même un peu nerveux. La jeune fille sembla réfléchir un instant puis sourit. Dieu qu'elle avait l'air doux quand elle souriait !

J'aimerais beaucoup un livre.

Valérian ne s'attendait vraiment pas à cette réponse. Même les plus prudes des jeunes femmes avaient un faible pour les fanfreluches et les coquetteries, d'autant plus en présence d'un homme... Mais pas elle.

Un livre ? Vous êtes sûre ?

Isabeau sourit à nouveau. Elle avait un air de candeur si naturel qu'elle semblait vraiment irréelle. Elle commença à lui parler comme si l'explication de son souhait était l'évidence même.

Un chapeau ou une paire de gants finirait forcément par s'user ou par se démoder... Puis, avec l'âge, je prendrai du poids et je ne pourrais plus les porter. Alors qu'un livre durera toute ma vie, voire bien plus. Et si c'est un cadeau qui me vient de vous, j'aimerais pouvoir le garder aussi longtemps que possible...

7 mars de l'an de grâce 1665

Isabeau fulminait dans les appartements de cour qui lui avaient été attribués à Saint Germain en Laye. Enceinte depuis près de six mois, ses fluctuations d'humeurs et ses douleurs avaient eu raison de son calme et de sa patience lors d'une entrevue au salon. Une duchesse de la cour, fervente catholique, n'avait pu s'empêcher d'exprimer avec une certaine acidité, l'avis défavorable qu'elle éprouvait vis à vis des protestants. La jeune femme aurait dû se taire, mais elle préféra d'abord répliquer, avec une certaine politesse, avant de se confronter à la noble dame dans une joute verbale acide qui fit pâlir les personnes présentes. D'habitude si calme, la jeune Isabeau n'avait pas mâché ses mots et avait rabattu le caquet de la mégère dans les règles, avant de prendre la mesure de son affront. Elle n'était que Vicomtesse et comptait beaucoup moins de relations dans son entourage, des répercussions seraient sans doute à prévoir...

La porte s'ouvrit sur un Valérian, visiblement très en colère. Son époux était quelqu'un de foncièrement droit et respectueux du protocole. Avoir vent que son épouse s'était faite remarquer par une duchesse n'était pas pour lui plaire.

Il la toisa, de toute sa hauteur.

Isabeau, je ne pensais pas que vous manquiez à ce point de discernement.

Il avança dans la pièce d'un pas raide, les joues pincées.

La duchesse de Laval est susceptible et possède des amis très puissants ! Mais à quoi diable pensiez-vous ? Pour une affaire de religion en plus ! Mais vous voulez nous faire exclure de la cour ? Quand je pense qu'un de ses amis proches occupe un poste important dans la garde royale... Elle trouverait le moyen de me faire rétrograder pour se venger de vous !

Isabeau tordit ses mains sous l'angoisse. Elle fixait l'homme qu'elle aimait d'un air hésitant et décida de se relever pour lui faire face, malgré leur différence de taille.

Duchesse ou pas elle n'avait pas à parler de la sorte... Beaucoup de personnes ont déjà été blessées par elle et...

En seule réponse, la main froide de l'officier s'abattit sur la joue blanche de la jeune femme en une gifle bien sentie. Sous l'effet du choc, la jeune femme tituba et s'écroula, tentant de se rattraper de justesse à une chaise.


Il suffit ! Ce n'est pas à vous de décider qui doit parler ou non, ce n'est pas à vous de prendre en charge les personnes blessées dans leur orgueil ! Vous êtes Vicomtesse et vous devez à la Duchesse le respect dû à son rang ! Est-ce que c'est clair ?!


Le silence se fit dans la salle. Le Vicomte avait rougi de colère alors que les grands yeux de sa femme le dévisageaient, soudain emplis de peur.
Il sentit alors ses propres jambes trembler. Lui qui mettait un point d'honneur à avoir un caractère toujours égal, il venait de lever la main sur une femme enceinte ! Il ne se pardonnerait jamais son geste. Tout en essayant de garder constance, il s'agenouilla près de sa femme qui sanglotait et la redressa doucement avant de la serrer contre lui.

Isabeau, je... Pardonnez-moi, je me suis emporté. Il faut que vous compreniez que la cour n'est pas un lieu de villégiature. Nous sommes ici pour défendre notre place, à chaque instant. Chaque sourire, chaque parole compte. Une carrière peut naître comme être brisée si vous vous adressez d'une certaine façon à certaines personnes. Vous savez comme moi que sans ma rente militaire, nous ne pourrons pas maintenir notre domaine à flots... Il faut que je gagne en importance au sein de la garde royale. Pour vous, pour moi... Pour notre enfant. À l'idée que votre impair puisse nous mettre un pied dans la misère, j'ai cédé à la panique. Je vous demande pardon.

Isabeau sécha ses larmes. Elle comprenait que leur situation n'était pas aisée et s'en voulait terriblement. Alors qu'elle promettait de s'excuser auprès de la Duchesse, son estomac se noua. Elle n'aimait pas la vie à la cour et les faux semblants. Même une ferme perdue à la campagne serait enviable à cette cage aux fauves dans laquelle on la lâchait.


1er janvier de l'an de grâce 1668


La salle resplendissait des feux chatoyants des bougies qui se reflétaient sur les pourpres et les ors des décorations. La noblesse s'était réunie pour fêter la nouvelle année. Fier dans sa tenue d'apparat de colonel de la Garde Royale, le Vicomte de Jarjayes entra, accompagné de son épouse. Contrairement à ce que laissaient présager les deux grossesses qu'elle avait menées à terme depuis son mariage, elle n'avait pas pris le moindre gramme. Sa frêle silhouette était cependant habillée avec élégance dans une robe de velours violet au moirage délicat, brodé de fils dorés. Sa coiffure était surmontée d'une broche de pierres précieuses aux couleurs assorties. L'ensemble réchauffait sa silhouette et s'accordaient merveilleusement à son teint. Bien que sa constitution naturellement mince ne la dotait pas d'une spectaculaire poitrine, beaucoup de femmes plus plantureuses enviaient la taille fine qu'elle avait sans presque avoir à serrer son corset. Si la Vicomtesse ne se rendait pas compte des regards envieux des autres, cela n'échappa pas à Valérian qui se pencha un peu pour murmurer à son oreille, avec le petit sourire en coin qui lui était habituel.

Vous êtes magnifique ce soir... Je vois déjà plusieurs femmes qui vous jalousent.

Isabeau rougit et resserra la pression de son bras sur celui de son mari avant de murmurer.

Ne dites pas cela... Je ne voudrais pas être au centre des attentions

Isabeau n'aimait pas les mondanités. Elle avait l'impression d'être une brebis parmi les loups, si bien que son mari était obligé de la secouer afin qu'elle s'acquittât des obligations dues à son rang. Ce soir, elle sortait pour la première fois depuis la naissance de son petit André, il y avait deux semaines de cela. Elle aurait aimé rester avec lui ainsi que son grand frère Oscar, qui avait à peine deux ans. Mais elle avait voulu montrer à son mari qu'elle savait faire des efforts.

Elle dansa et bavarda du mieux qu'elle put, mais chaque regard méprisant, chaque petite pique mesquine lui rappelait à quel point elle évoluait dans un monde de requins. Elle resta néanmoins courtoise alors que son malaise grandissait davantage. Son mari avait disparu dans la foule, sans doute happé par quelque ami de longue date. Elle était seule au milieu de groupes de femmes qu'elle ne connaissait pas et qui prenaient un malin plaisir à se montrer condescendantes avec elle. Ses mains tremblaient. Elle voulait s'enfuir, être partout sauf ici. Son estomac ne pouvait rien recevoir au risque de tout rendre aussi sec.
La soirée se poursuivit assez longtemps, laissant son malaise grandir, à tel point que tout devint noir devant les yeux de la jeune femme. Elle s'écroula soudain et heurta le sol, brisant le verre qu'elle tenait.

Plus tard dans la soirée, le carrosse du Vicomte de Jarjayes quittait précipitamment la soirée.

Vous auriez dû me dire que vous étiez fatiguée... Nous serions restés en famille.


La jeune femme, encore faible et tremblotante, baissa les yeux.

Il était de mon devoir de vous accompagner... J'ai manqué beaucoup trop de bals ces derniers mois


Le colonel soupira en croisant les bras. Il était profondément vexé, même s'il tentait de le cacher.

Là n'est pas la question. J'aurais préféré vous savoir en bonne santé pour le nouvel an. Vous nous avez fait honte en vous donnant ainsi en spectacle.


Valérian ne souhaitait pas blesser sa femme mais il ne pouvait se taire. Il s'en voulait de lui faire subir toutes ces rencontres mondaines alors qu'elle préférait la simplicité de la vie de leur pavillon mais ils devaient maintenir leurs contacts pour garder une place dans la société.
Isabeau ne dit plus rien et tourna la tête vers la fenêtre. Le temps d'un rayon de lune, il put s'apercevoir qu'elle pleurait.

4 avril de l'an de grâce 1670

Ce n'est pas possible ! Il doit bien exister un remède !

Le médecin redressa gravement ses lunettes en rangeant convenablement sa mallette.

Il n'y a rien à faire, hormis poursuivre les saignées, lui faire prendre des bains de soleil, des fumigations et la mettre au repos. Éloignez aussi vos enfants de sa chambre, il ne s'agirait pas qu'ils tombent malades à leur tour. Qui sait, si Dieu vous entend, peut-être l'épargnera-t-il...

Le Vicomte frappa violemment la table. Pour la première fois depuis longtemps, il était sorti de son calme habituel. Ses yeux lançaient des éclairs.

Je n'ai que faire de Dieu ! C'est de ma femme qu'il s'agit ! Elle qui est si douce, si Dieu avait vraiment de l'amour pour elle, il l'aurait épargnée !!

Le médecin se contenta de hocher la tête d'un air navré puis s'éclipsa pour remonter vers la chambre de la Vicomtesse.
A nouveau seul, Valérian s'écroula sur un fauteuil, en face de l'âtre. Il ne pouvait pas se résoudre à ce que sa femme fût fauchée. Pas si jeune, pas si peu de temps après la naissance de leur petite fille. En cet instant, il aurait donné n'importe quoi pour abréger ses souffrances.

A l'étage, Isabeau était fiévreuse. Elle toussait à s'en arracher la gorge. Elle avait peur, elle délirait. Sa dernière heure était-elle donc arrivée ? Allait-elle mourir alors qu'elle avait à peine eu le temps de tenir sa petite fille contre elle ? Elle en devenait presque hystérique. L'arrivée du médecin la fit paniquer. Elle savait ce que cela signifiait. La lueur des bougies sur la lame du couteau la fit se débattre si fort que ses femmes de chambre durent la maintenir. Elle avait horreur du sang. Elle ne supportait pas l'idée d'être entaillée et vidée un peu plus de ses forces. Alors qu'elle sentit le métal mordre sa chair, elle hurla si fort que les murs en tremblèrent.

NON ! Lâchez-moi, pitié arrêtez !! Je ne veux pas... Valérian ! Au secours !!

Les plaintes de sa femme firent presque pleurer le stoïque colonel, qui monta les marches quatre à quatre et, dans un élan de rage, stoppa la main du praticien qui s'en allait entailler l'autre jambe.

Ça suffit ! Je ne peux plus supporter de la voir souffrir et vous ne faites que la torturer un peu plus. Sortez d'ici.

Mais enfin, si on ne la purge pas, les humeurs vont s'infecter davantage...

J'ai dit : sortez.

Alors que le médecin, penaud, rassemblait ses affaires et que les femmes de chambre s'ingéniaient à bander la plaie de la noble dame, celle-ci sembla murmurer, si doucement que son mari dû presque coller son oreille sur ses lèvres pour l'entendre.

Apportez-moi du papier à musique...

7 juillet 1671

Le Vicomte attendait dans le jardin de leur pavillon. Sur la petite table, on avait dressé le goûter. Oscar et André jouaient avec des petits chevaux de bois dans l'allée principale tandis qu'Anne-Françoise gazouillait dans les bras de sa nourrice. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas passé de temps avec ses enfants... La maladie de sa femme l'avait fait se réfugier dans son travail pour oublier qu'elle pouvait décéder à chaque secondes. Plusieurs soirs, il s'était réveillé en entendant sa toux dans le couloir, pensant que la fin était proche. Mais au fil des mois, après une longue cure de soleil en bord de mer, il sembla que les symptômes se résorbaient.
Les médecins crurent à un miracle. La jeune femme avait survécu. Bien sûr, elle sortait très affaiblie mais vivante. Dieu avait décidé de son salut.
Le colonel était sûr que la musique l'avait gardée en vie. Pendant toute sa maladie, elle n'avait eu de cesse de jouer sur son violon et de coucher par écrit des centaines de notes. Au fil des mois, ce qui commençait par représenter les pensées éparses d'une jeune femme au bord de la mort s'accumulèrent au point de constituer une véritable pièce jouable par un orchestre. Au début de leur ménage, elle l'avait entretenu de sa passion pour la musique et du nombre incalculable d'instruments qu'elle était capable de maîtriser mais leur vie de couple et leurs obligations l'avaient empêchée de se consacrer pleinement à son loisir.

Valérian de Jarjayes se leva alors qu'elle apparaissait dans l'encadrement de la porte. Assise dans une chaise roulante faite sur mesure, elle portait une robe en coton bleu brodé d'une myriade de fleurs. Elle avait repris des couleurs, même si elle éprouvait encore des difficultés à passer la journée entière debout. Là, entourée par les roses du jardin, avec son si joli sourire qui semblait ne jamais l'avoir quittée, alors qu'elle accueillait sa fille sur ses genoux, il la trouva aussi attirante que la première fois qu'il l'avait vue. Il lui baisa tendrement la main et lui demanda comment elle se portait. Avec son air de candeur habituel, elle lui sourit.

J'ai terminé ma première tragédie lyrique.

Pseudo : Bluebelle ici. ◆ Âge : 21 ans ◆ Trouvaille du forum : PRD ◆ Avis sur le forum : ILÉBO ILÉHISTO ILÉTOUCEKEJEM ◆ Le mot de la fin : Je me permet de reprendre la fiche d'Isabeau d'un autre forum qui a malheureusement fermé et où je n'ai pu jouer que très peu de temps alors que j'adorais mon personnage :'( j'espère que ça ne posera pas de souci  ! ◆ Rang souhaité : enfant d'Euterpe
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Augustine Delacour
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Sam 16 Juin - 14:16
Bienvenue ma belle !

J'ai hâte d'en savior un peu plus sur la miss !

Si tu as la moindre question en attendant, n'hésites pas ! :iheartu:

Pour le fait que tu reprennes un ancien personnage, ne t'en fait pas, non ça ne dérange pas tant que tu l'adapte au forum Wink
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Invité
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Sam 16 Juin - 14:29
Sois la bienvenue, "Dame Pète-sec" Very Happy :hihi: :hide:

Je te souhaite beaucoup de jolies aventures sur le forum ! Bon courage pour la suite de ta présentation !
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Invité
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Sam 16 Juin - 14:58
Oh merci à vous deux !! **

Huhu Tristan, j'ai changé "Dame Pète-Sec" pour "Dame Cimetière" (c'est plus D4RK tavu) par rapport à l'histoire de mon personnage (vui c'est pas jojo, vous devez vous en douter 8D)
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Olympe de La Trémoïlle
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Sam 16 Juin - 15:03
Bienvenue! :cutelove:
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Aglaé Corneille
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Situation matrimoniale : Célibataire, éprise et malheureuse..



Sam 16 Juin - 16:18
Team roux :cil:
J'adore ton choix d'avatar !
Re-Bienvenue :iheartu:

_________________
I don't know what's worth fighting for.
Or why I have to scream. I don't know why I instigate and say what I don't mean. I don't know how I got this way, I know it's not alright. So I'm breaking the habit, I'm breaking the habit tonight
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Sam 16 Juin - 16:38
Sois la bienvenue Isabeau ! Jolie fiche je comprends que tu aies voulu poursuivre l'aventure . :lick:
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Augustine Delacour
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Sam 16 Juin - 18:05

Modération

tu tiens le bon bout
Oups, on dirait qu’il te manque un petit quelque chose ! Pas de panique, le staff est là pour t’aiguiller.

Coucou ma belle !

Alors oui, désolée ^^' mais il y a quelques petites choses qui ne vont pas  :hide:

Cela concerne la religion protestante d'Isabeau. Je n'ai rien contre, c'est même chouette d'avoir une petite huguenote, toutefois, attention de respecter le contexte religieux de l'époque ^^'

Depuis l'édit de Nantes, les protestants ont parfaitement le droit d'exercer leur culte en toute liberté - merci Henri IV ! - et si Louis XIII pour des raisons de loyauté leur a repris les place fortes militaires, ils ne sont pas plus inquiétés que ça donc ils n'ont pas à se cacher contrairement à ce que tu sous-entends. De plus, il y a dans la foi huguenote, un petit quelque chose qui les pousse à ne pas s'en cacher je sais pas comment dire ^^'
Mais surtout, au niveau du mariage, une protestante ne pourrait épouser un catholique, il aurait fallu qu'elle se convertisse à la foi de son époux - les protestants refusent et ne peuvent pas entrer dans une église. Le seul mariage entre catholique et protestant étant celui, politique, d'Henri IV et de Marguerite de Valois (la reine Margot) a été célébré sur le parvis de Notre-Dame.



on va trouver des solutions

Désolée hein, je sais que deux parties de ton histoire sont dédiées à cela, du coup je vais essayer de t'aider à trouver une solution ^^' (parce qu'il y en a)
Alors déjà, enfant, Isabeau pourrait s'interroger sur le fait que les protestants ne soient qu'une minorité, qu'il n'y ait pas qu'une seule foi, les domestique catholiques allant à la messe le dimanche par exemple plutôt que d'assister au prêche ^^'

Pour le mariage, deux solutions :
- Quand Valérian va aller voir le père d'Isabeau pour lui demander sa main, si il est catholique, son père en acceptant, comprend que sa fille devra se convertir pour l'épouser, faudrait pour cela qu'il est de bonnes raisons mais à la limite, pour le bonheur de sa fille tout ça, pourquoi pas. Alors après sa conversion au catholicisme, elle aurait pu reprendre sa bible protestante d'où la dispute.
- Valérian est lui-même protestant ce qui ne pose plus de problème dès lors. Donc là, la dispute ne serait plus en raison de la religion, et n'aurait donc peut-être pas lieu. Mais ce fait expliquerait aussi qu'il s'oppose à la médecin de l'époque puisque les protestants sont connus pour être plus ouverts à la science.

Voilà ! J'espère t'avoir aidé un peu, si tu veux en discuter plus amplement, je suis toute à ta disposition ici ou par MP ! :foxhug:
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Invité
Invité
Sam 16 Juin - 18:31
Merci du retour !! Pas de souci je vais remanier tout ça ! (Je galère avec la religion protestante à cette époque, c'est hyyyper alambiqué et je manque trop de documentation !)

Je vais réfléchir à tout ça et je te mpotte quand j'ai fait tous les changements Very Happy merciii !!
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Augustine Delacour
poupée de porcelaine
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Situation matrimoniale : Veuve du héro de guerre Xavier Delacour après qu'il soit tombé au combat



Sam 16 Juin - 19:23

Félicitations !

bienvenue à la cour de France
Tout est parfait cette fois-ci ! Je te valide donc avec un grand plaisir !
Merci encore de ta compréhension ! :lick:

Bravo, tu es le bienvenu à Paris ! Tu peux maintenant aller recenser ton métier si tu en as un. Une fois cela fait, tu vas pouvoir créer ta fiche de liens et ta fiche de rp. D’ailleurs, tu peux dès maintenant commencer à rp ! Tu peux rechercher un partenaire par ici. Amuse-toi bien parmi nous !
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Diane de Villancourt
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Situation matrimoniale : Si son corps est son outil, son coeur n'appartient à personne.

Sam 16 Juin - 19:24
Il y aurait-il une grande inspiration Lady Oscar ? Wink

Bienvenue ma chère, je suis ravie de voir une jolie dame de plus validée par ici I love you
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Invité
Invité
Sam 16 Juin - 19:29
JE NE VOIS PAS DE QUOI TU VEUX PARLER DIANE (a)

oui, bon la vérité c'est qu'à la base je voulais un fofo sous Louis XVI pour jouer un perso inspiré de Lady Oscar mais j'ai pas trouvé huhuhu

Merciii !! :iheartu:
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