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Nous sommes en avril 1672.
La Cour est actuellement installée à Saint-Germain-en-Laye.

Event 1 : Les plaisirs de la fête.
Une fête somptueuse a lieu en ce moment à Versailles ! Il faudrait être fou pour manquer cela !

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 Pour l'amour d'une rose, le jardinier est le serviteur de mille épines. Pv Violaine.

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Tristan du Mesnyl
la girouette
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Lun 21 Mai - 11:51



Je connais sur le bout des doigts cette route tranquille qui me transporte de Saint-Germain-en-Laye à Dampierre en Chevreuse. Je l'ai empruntée bien souvent pour me rendre chez ce pauvre Henri, avant que la santé de mon bon ami ne décline et qu'il ne ferme définitivement les yeux. Trois heures de route me sont nécessaires, en alternant pas et trot de cheval. Je voyage seul, cette fois. Nul besoin d'escorte ni de carriole. Il s'agit seulement de passer une commande de fleurs et d'arbustes auprès de sa veuve et de son contremaître, à la condition expresse, bien entendu, que la qualité soit au rendez-vous, ce dont je compte m'assurer aujourd'hui. Mais, de vous à moi, je ne m'inquiète guère à ce propos, c'est une maison sérieuse dont la réputation n'est point usurpée. Quant à la livraison et au paiement de mes acquisitions, ils viendront plus tard, dans quelques semaines, lorsque nous atteindrons la date idéale du renouvellement des plantations.

L'après-midi est bien avancée lorsque m'apparaissent les murs de la cité. Je ne suis pas en avance, et c'est un euphémisme. La raison en est simple, mon étalon boitille depuis plusieurs lieues. J'ai examiné son sabot, il me semble en parfait état, il s'agit donc vraisemblablement d'une simple foulure ou d'un accroc similaire. En soi, ce n'est pas une tragédie, mais cela me contraint à diminuer l'allure alors que la ponctualité est l'une des vertus que j'apprécie le plus au monde. Tant pis, si cette affaire n'est pas réglée ce soir, je logerai à l'«Auberge du Centre ». Les chambres y sont très confortables, hors de prix, certes, mais c'est le Roi qui offre, en définitive, alors pourquoi se priver d'une couche moelleuse et d'un repas succulent, n'est-ce pas ?

Nous arrivons enfin à destination. La grille est ouverte sur un parc parfumé et joyeusement chamarré, et sur l'exploitation en elle-même, légèrement en retrait de l'allée centrale. Une poignée d'ouvriers y manient houe, serpette et binette. Certes, cette propriété n'est en rien comparable aux flamboyants domaines de la couronne que gère mon illustrissime père spirituel, le bonhomme Le Nôtre, mais tout y est charmant, ordonné, harmonieux. J'avais, durant un moment, craint que le décès de ce bon Henri ne suscite un laisser-aller général, voire même un déclin tragique de l'entreprise, mais il n'en est rien. Jonas a fait de l'excellent travail. A moins que la veuve de mon ami ne se soit vaillamment accrochée à son négoce et n'ait mis également la main à la pâte. Je ne la connais guère, Henri ne me l'avait que brièvement présentée, elle me semblait charmante mais plutôt discrète, voire même effacée, et sans doute un peu trop jeune pour imposer ses vues face à un mari d'une expérience et d'une envergure colossales.

Je saute de cheval, le confie à un gamin venant à ma rencontre en lui demandant de s'occuper de lui aussi bien que possible et en précisant qu'il est légèrement blessé, et je m'avance vers la bâtisse. Je ne distingue ni Jonas ni Violaine, mais cela n'a rien d'étrange étant donné mon retard. Sans doute en ont-ils eu marre de m'attendre. J'en profite pour traînailler un brin parmi les parterres ornés de magnifiques roses grimpantes, car, ma foi, trois minutes de retard supplémentaires ne changeront rien à notre affaire. Je me transporte mentalement vers Saint-Germain-en-Laye, mon ciboulot fait le tour complet des jardins, et je me dis que de tels rosiers garniraient de jolie manière les fontaines nouvellement implantées par André Le Nôtre. Je hume leur parfum. C'est exquis ...


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Violaine de Dampierre
la rose de dampierre
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Mar 29 Mai - 19:23

Pour l'amour d'une rose ...

Tristan et Violaine

Assise au bureau d'Henri qui désormais est mien, j'attends le responsable des jardins de Saint-Germain-en-Laye, Tristan du Mesnyl. Nous avons été présentés autrefois, puis je l'ai aperçu à plusieurs reprises en grande discussion avec mon défunt mari, dans les jardins ou ici-même, dans cette pièce, mais je n'ai jamais été invitée à y participer. Mais c'est la première fois que je vais le recevoir en personne, et j'en suis un peu intimidée, je dois le reconnaître. Il me faut lui faire bonne impression, car malgré le travail acharné de Jonas, et tous mes efforts pour maintenir la réputation des jardins de Dampierre, le décès d'Henri a déstabilisé nos finances et une belle commande pour Saint-Germain permettrait de les renflouer. Mais nous n'en sommes pas encore là, et Monsieur du Mesnyl est en retard, je pensais que c'était plutôt l'apanage des femmes de se faire attendre …

Il m'a fallu presque deux années pour connaître les arcanes du commerce des plantes et arbustes qui s'épanouissent sur notre domaine, car si l'entretien, la culture n'ont presque plus de secrets pour moi, Henri m'a toujours reléguée aux tâches subalternes, c'était ma place disait-il, une femme est incapable de gérer une propriété comme Dampierre. Cependant, grâce à Jonas, je suis maintenant tout à fait compétente et ce aussi bien dans la gestion que dans les jardins. Dès la fin de mon deuil, je suis retournée à la Cour, malheureusement ce n'est pas encore suffisant pour relancer nos affaires, c'est pourquoi la visite d'aujourd'hui est aussi importante.

Impatiente, je me lève et me poste à la croisée, espérant l'arrivée de mon visiteur, mais le soleil printanier dehors me fait de l'oeil. Pour ce rendez-vous j'ai choisie une robe de taffetas vert d'eau qui sied à mon teint clair et à mes yeux, paraît-il. Je voulais me sentir belle, avenante, sûre de moi, et faire bonne impression. Évidemment je me dirige vers la roseraie, mon havre, mon refuge, les domestiques sauront me trouver si Monsieur de Mesnyl se décide à se présenter. La reine est dans son royaume, me dit souvent Jonas, il n'a pas tout à fait tort, je peux passer des heures à recenser les couleurs de mes roses, à m'enivrer de leurs parfums envoûtants, à détailler leurs corolles de pétales complexes. Les ciseaux en main, j'ai noué un tablier sur ma belle robe, je retire délicatement les fleurs fanées.

L'avantage de cette tâche commune est qu'elle laisse libre cours à mes pensées, aujourd'hui elles ne sont pas aussi sombres qu'elles ont pu l'être. Je me sens tellement mieux depuis le décès d'Henri. Jamais je ne le dirai à vois haute, mais c'est un soulagement de ne plus être sans cesse rabaissée, considérée comme la dernière roue du carrosse. Lorsque la panique de me retrouver seule responsable de la maisonnée et de l'avenir de tous nos gens s'est apaisée, je me suis mise au travail trouvant peu à peu mes marques dans cette nouvelle vie, grâce aux conseils avisés de Jonas et d'Amélie, la gouvernante. Recevoir Tristan du Mesnyl est une nouvelle étape, je me souviens d'un jeune homme brun, compétent, passionné par son travail. J'ai hâte de le revoir et de faire plus ample connaissance avec lui, de détruire l'image de l'épouse incapable et effacée …

L'après-midi s'étire paresseusement, sur l'un des bancs de pierre qui jalonnent la roseraie, reposent mon chapeau, mon tablier et mon panier de fleurs fanées. Je me suis assise un peu plus loin à l'abri des regards, dans une alcôve formée naturellement par des rosiers lianes aux fleurs d'un jaune éclatant. Le retard de Monsieur du Mesnyl ne présage rien de bon et le soir sera bientôt là. Je comptais beaucoup sur cette rencontre, elle est capitale pour l'avenir de la maison Dampierre. Remontant vers la bâtisse, je lisse ma robe songeant que mes efforts de toilette n'auront servi à rien. Je presse le pas, cherchant du regard Jonas pour partager ce sentiment d'inquiétude qui m'étreint. Une silhouette masculine se détache soudain près des derniers parterres que Jonas et moi avons créés : une ronde d'arbustes blancs autour d'un grimpant rouge sang palissé sur de fines échelles de bois. Je m'approche discrètement car j'ai reconnu cet homme qui contemple le massif. Je le salue, heureuse qu'il soit enfin arrivé, et ma foi légèrement troublée, car dans mon souvenir, il n'était pas aussi séduisant :

- Bonjour Monsieur du Mesnyl ! Je suis ravie de vous revoir … enfin ! J'ai craint que vous vous soyez égaré, il y a si longtemps que vous n'êtes venu nous rendre visite.
Un sourire malicieux accompagne mes paroles, alors que je lui tends ma main et je poursuis sur la même voie :
- Avez-vous fait bon voyage ? Où se trouve donc votre monture ? Vous a-t-elle abandonné, vous contraignant à finir le trajet à pied ? Ceci expliquerait votre retard … Mais pardonnez moi, je manque à tous mes devoirs d'hôtesse, voulez-vous prendre un rafraîchissement avant de faire le tour des jardins ?

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Tristan du Mesnyl
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Mer 30 Mai - 13:56


J'avais trouvé Violaine de Dampierre plutôt charmante, à l'occasion de notre première et brève rencontre, en présence de son époux, aujourd'hui décédé, eh bien j'avais tort, elle ne l'est nullement. En réalité, elle est infiniment plus que ça, elle respire le naturel, la fraîcheur, l'élégance spontanée, la grâce, elle est une énorme bouffée d'air pur, un enchantement pour le regard, elle est aux antipodes des canons de la beauté féminine en vigueur à la Cour, là où règnent en maîtresses absolues sophistication, vanité et froideur. Elle est sortilège, envoûtement, sensualité délicate, et je suis sous le charme. Je me hâte de saisir la main qu'elle me tend, garde un instant ses doigts graciles entre les miens, tout en la dévisageant avec une ferveur non feinte, puis je pose délicatement les lèvres sur le dos de sa menotte ... hum ... je l'avoue ... un peu plus longtemps que ne l'exige l'étiquette, afin qu'elle y perçoive davantage qu'un simple hommage, qu'un geste de civilité désespérément banal. Ce baiser, en fait, j'y mets tout mon cœur, tout mon ravissement.

Incontestablement, Violaine s'est métamorphosée. Elle était effacée, elle n'était que l'ombre d'Henri, qui la maintenait soigneusement à l'écart du monde car il était trop imbu de sa personne pour la mêler à ses prises de décisions, et la voici aujourd'hui radieuse, libérée, méconnaissable. Et, de plus, elle se montre vive, taquine et pleine d'esprit. Son œil malicieux m'invite cordialement à sourire. Ce n'est pas possible, si elle poursuit dans cette voie je vais la demander en mariage dans les dix minutes qui viennent ! J'ignorais qu'un tel petit bout de femme puisse réunir autant de qualités !
– Je suis également plus que ravi de vous revoir, Violaine, si vous me permettez de vous nommer ainsi. J'étais absorbé par la magnificence de vos roses. J'ai rarement pu admirer une telle luxuriance, savourer de telles exquises fragrances. Et pourtant Dieu seul sait combien je parcours de jardins et de pépinières chaque année. C'est sans doute pour cette raison que je me suis fait rare ces derniers mois, mais je compte remédier vivement à cette situation ! Votre domaine m'a manqué ! ... ajouté-je tout de go en offrant à la belle un sourire charmeur grimpant allègrement jusqu'à mes lobes d'oreilles.

– J'accepte volontiers un rafraîchissement, Violaine ! Je vous suis ! ... dis-je en lui proposant le creux de mon bras pour qu'elle y glisse le sien. Puis je reprends le fil de la conversation, en affichant, cette fois, un air bougrement sérieux alors que je glousse intérieurement. Et je vais vous conter les raisons de ce retard, dont je vous prie, bien entendu, de m'excuser. En fait vous avez tout deviné, j'ai été contraint de terminer la route à pied, et, par dessus le marché, de porter ce diable de cheval sur mes épaules car il claudiquait depuis deux ou trois lieues ! Et ce fut un véritable enfer ! ... lancé-je avant d'éclater de rire en observant du coin de l’œil les réactions de ma ravissante hôtesse.

Quelques pas plus loin, calmé, je poursuis.
– En fait j'ai abandonné mon étalon aux bons soins d'un gamin qui m'a accueilli à la grille. J'espère que la brave bête ira mieux demain. Sa blessure m'a vraiment paru bénigne. Mais parlez-moi plutôt de vous, Violaine ! Je me répète sans doute, mais vos plantations sont superbes. Vous gérez tout ça merveilleusement ! Votre entreprise vous réserve sans aucun doute une large part bénéficiaire, et je m'en réjouis, vous le méritez amplement ! D'ailleurs le budget que m'alloue le bonhomme Le Nôtre me permettra certainement de faire affaire avec vous, si vos prix sont à la portée de mon escarcelle !

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Violaine de Dampierre
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Mar 5 Juin - 21:12

Pour l'amour d'une rose ...

Tristan et Violaine
Il semble que je ne sois pas la seule troublée par cette rencontre, les doigts de Monsieur du Mesnyl enserrent les miens délicatement, et ses lèvres s'y attardent juste un peu plus que les convenances ne l'autorisent. Et ces yeux bruns qui me dévisagent avec un intérêt non feint, c'est réjouissant et déstabilisant à la fois, il y a si longtemps que je n'ai suscité de telles attentions. J'aime aussi la sonorité de sa voix chaude et charmeuse, surtout quand il prononce mon nom. Je lui souris de plus belle, prêtant une oreille attentive à son agréable bavardage. À ses compliments spontanés et sincères sur le domaine, je sens que mes joues rosissent allègrement. Je ne m'en cache pas, je suis si heureuse qu'un illustre collaborateur de Le Nôtre trouve nos roses magnifiques.

Je glisse ma main au creux de son coude, et nous nous dirigeons d'un pas tranquille vers la maison, alors qu'il me raconte son épopée pour arriver jusqu'ici et les raisons de son retard. Il manie l'humour et la dérision avec un certain brio, si bien que j'imagine parfaitement la scène et mon rire se joint aussitôt au sien.

-  Pauvre cheval, j'espère sincèrement que ce n'est pas trop grave, ni trop douloureux … pour lui. Si vous le désirez, Tristan, nous nous rendrons aux écuries avant de faire un tour dans les jardins. Mon palefrenier est un homme d'expérience, il apportera les meilleurs soins à votre monture. Vous aurez ainsi des nouvelles de ce malheureux animal.
De nouveau des compliments, assortis de questions sur nos plantations, je me demande si Tristan réalise combien j'ai travaillé pour maintenir le domaine à flot depuis le décès d'Henri. Je ne me plains pas bien au contraire, mais j'avais déjà ma part dans la réussite de mon mari, seulement il le cachait bien. Désormais je suis la seule à récolter les lauriers, et j'en suis fière, même si en ce moment les affaires ne sont pas aussi florissantes que je le souhaiterais. Nous nous installons sur une petite terrasse donnant sur la roseraie. Amélie nous a préparé du thé et quelques douceurs dont elle a le secret.

- Vos compliments me vont droit au coeur, Tristan … lui répondis-je en servant le breuvage dans des tasses de porcelaine délicates.
Malheureusement malgré sa belle allure grâce aux ouvriers et à mon contremaître Jonas, que vous connaissez bien, mon entreprise est chancelante. La disparition d'Henri l'a énormément affaiblie malgré tous nos efforts, et la concurrence est rude … Mais vous n'êtes pas venu jusqu'à moi pour m'écouter me lamenter. J'ai maintenu la plupart des tarifs pratiqués par Henri, sauf bien sûr pour nos nouveautés dont je vous réserve la surprise tout à l'heure …
Un sourire mystérieux parade sur mes lèvres, Tristan est un ami fidèle d'Henri, et aussi un très bon client, qui, je l'espère, sera impressionné par ces nouvelles espèces exotiques que Jonas et moi avons importées et acclimatées à notre région de France. Un peu de suspense agrémentera certainement notre conversation et notre promenade. J'ai demandé aux écuries d'atteler l'une des jardinières qui nous sert habituellement à nous rendre aux jardins et à transporter des plantes.

- Une petite voiture nous attend pour aller voir les plantations, nous prendrons alors des nouvelles de votre cheval. Cependant compte tenu de votre arrivée tardive et pour ménager votre monture, je vous propose de passer la nuit, ici, au château. Ce serait sans doute plus raisonnable que de vous renvoyer chez vous sur un pauvre cheval boiteux ...  Sauf si vous vous engagez à le porter jusqu'à Saint Germain, bien sûr …
Henri serait certainement outré de m'entendre badiner ainsi, mais depuis l'arrivée de ce jeune homme, je me sens d'humeur taquine, et je me régale à le voir sourire et même rire. Nous sommes seuls sur cette terrasse, ni commères, ni domestiques pour colporter des rumeurs. Cette liberté, je l'ai chèrement acquise et je compte bien la savourer autant que faire ce peut. Notre collation terminée, je me lève et invite Tristan à me suivre vers l'allée qui mène aux écuries.

- Nous devrions nous rendre aux jardins, Tristan, le jour s'étiole et j'aimerais, avant que la nuit tombe, vous montrer l'essentiel … Nous pourrons toujours faire un autre tour demain matin car vous restez ce soir, n'est-ce-pas ?
Est-ce de l'espoir qui chante dans ma voix ? Ou bien tout simplement l'envie de partager une soirée agréable avec un charmant convive ? Cette visite qui n'avait qu'un but mercantile de prime abord, peut-elle voir naître une amitié sincère ? Je le souhaite ardemment, cet homme partage la même passion que moi, c'est aussi un artiste qui transcende les plantes dans les jardins qu'il conçoit. Et à son arrivée, j'ai ressenti comme une connivence, une alchimie qui tissait des liens invisibles mais troublants …

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Tristan du Mesnyl
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Jeu 7 Juin - 12:52

Même si j'éprouve une sympathie évidente pour ce superbe domaine, lequel appartenait à mon vieil ami Henri, je n'envisageais pas me comporter différemment à Dampierre que chez les autres producteurs de la région. Ma vie est une course folle qui m'entraîne de parterres ornementaux, aux teintes chamarrées, en massifs étincelants, aux arômes capiteux, et, bien souvent, le temps me fait défaut. Je ne m'attarde guère en inutiles conversations avec les propriétaires. Mes interlocuteurs privilégiés sont, en priorité, les jardins et les fleurs aux robes multicolores, et, dans l'ensemble, ils ne sont pas bavards.

Mais l'imprévisible, aujourd'hui, en a décidé autrement, en se manifestant, au cœur de l'odorante roseraie, sous les traits ravissants de Violaine de Dampierre. Et la belle m'est aussitôt devenue infiniment précieuse ! Et j'ose croire, à sa verve, à son aménité, à ses rires généreux, à nos regards qui s'épousent volontiers, à ce léger trouble qui rosit sa pommette ronde lorsque je la complimente, que je ne lui paraît nullement repoussant ni rébarbatif.

Ce constat, bien qu'un tantinet hasardeux et précipité, me réjouit diantrement alors que nous papotons sur la terrasse en grignotant quelques gourmandises. Violaine me rassure quant à mon étalon, son palefrenier est d'une rare compétence et s'occupera parfaitement de lui, et nous ferons un crochet par les écuries avant de visiter ses jardins. Elle m'y réserve d'ailleurs une surprise, affirme t-elle en adoptant une mine sibylline qui lui va à ravir car elle fait étinceler davantage les lapis-lazuli qui brillent dans son regard et creuse de ravissantes et mutines fossettes au creux de ses joues.
– Formidable ! J'adore les surprises et j'ai hâte de découvrir la vôtre ! Venant de vous, elle ne peut être qu'exceptionnelle ! ... ajouté-je, un brin flatteur, peut-être, mais réellement intrigué et ravi ! S'il n'en tenait qu'à moi, j'installerais la séduisante créature sur mes épaules et je courrais jusque là-bas, je ne sais où, n'importe où, sur des rivages méconnus où nous ne serions que deux, et ceci même si aucune fleur n'y pointe le bout du museau !

Je redescends cependant sur terre lorsque mon interlocutrice m'avoue que son entreprise est moins florissante que ce que je n'avais imaginé. La mort d'Henri, bien sûr ... Et aussi la guerre effrénée que se livrent les nombreuses exploitations concurrentes qui, toutes, désirent  obtenir une grosse part du gâteau distribué par la couronne dans le but d'enjoliver ses gigantesques propriétés. Voilà qui me surprend malgré tout, car la magnificence des jardins de Dampierre est suffisamment éloquente. Chaque amoureux des plantes devrait s'y précipiter afin d'y acquérir les merveilles que Violaine y propose. Cela n'a aucun sens de parcourir le monde alors que se nichent ici, à quelques lieues de Paris, les plus somptueux jardins d'Eden. La belle ne désire pas épiloguer sur sa situation, mais je réalise aussitôt qu'il m'est aisé de lui venir en aide, car ne suis-je pas l'un des hommes de confiance du bonhomme Le Nôtre, et même l'un de ses mandataires privilégiés ? J'interromps donc Violaine alors qu'elle s'apprêtait à nous mener en direction des écuries, et pour mieux la convaincre, l'apaiser, je lui prends doucement la main. Elle possède de longs doigts très fins, très graciles, très doux au toucher, et, ma foi, même si ce contact demeure anodin, je m'en réjouis et ne céderais pas ma place pour un empire.
– Je peux certainement vous aider à redresser la barre ! André Le Nôtre ne me demande que rarement des comptes, à condition que je ne dilapide pas stupidement les sommes qu'il m'attribue. Certes, je ne peux pas ignorer totalement nos fournisseurs habituels, mais je peux privilégier votre production, à la condition expresse, bien entendu, que ceci demeure un secret entre nous. Mais vous avez raison, allons vite faire le tour de votre domaine avant que l'obscurité ne s'installe. Nous parlerons chiffres tout à l'heure, ou bien demain, car j'accepte volontiers votre proposition de passer la nuit ici, dans votre château.

Un secret, n'est-ce point déjà le début d'une complicité, d'une intimité ? Un secret, s'il est tenu, n'est-ce point un lien indéfectible ? Bref, j'abandonne à regret la menotte fuselée de mon hôtesse et nous nous dirigeons vers la bâtisse du palefrenier, voisine des écuries. J'aperçois de loin la voiturette attelée sensée nous permettre de traverser plus rapidement le domaine. Nous allons y voir l'essentiel dès ce soir, me dit Violaine, mais, quant à moi, c'est déjà fait, l'essentiel, c'est elle, bien évidemment, et je me réjouis de le lui faire comprendre dès que l'occasion s'en présentera. En attendant, je la couve des yeux, et il est impossible qu'elle n'y déchiffre pas la tendresse qui s'y est répandue avec l'intensité d'une marée d'équinoxe.
– M'dame Violaine, M'sieur du Mesnyl ! ... s'exclame un vieux valet édenté et jovial, que j'ai déjà croisé lors de mes visites précédentes. Nous le trouvons consciencieusement occupé à bouchonner mon étalon. Vous v'nez vérifier l'état de votre bestiau ? ... s'enquiert-il en me dévisageant avec bonne humeur ! Ce n'sera rien de grave, une bonne nuit de repos et d'main il s'ra prêt à galoper jusqu'à Rome ! V'pouvez-me faire confiance, Messire ! ... enchérit-il avec ardeur !

Je le remercie pour ses bons soins, nous bavardons un instant, et ensuite Violaine et moi prenons place dans la jardinière. La banquette n'est guère large, et j'en profite pour appuyer un tantinet ma cuisse contre celle de ma jeune hôtesse. Ce qui est pris n'est plus à prendre, n'est-ce pas ?
– Vous me guidez, ma chère Violaine, ou bien préférez-vous conservez les rênes ? ... demandé-je en la dévisageant d'une prunelle aussi impétueuse qu'enjôleuse.
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