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Nous sommes en avril 1672.
La Cour est actuellement installée à Saint-Germain-en-Laye.

Event 1 : Les plaisirs de la fête.
Une fête somptueuse a lieu en ce moment à Versailles ! Il faudrait être fou pour manquer cela !

 Chez soi, Tome I ♦ w/ Sophie de Mecquenem [clos ]

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Ven 29 Déc - 0:13

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
Il était rentré le premier aujourd’hui. Ce n’était pas inhabituel. Sophie n’était aucunement le genre de dame à rester enfermé à la maison, à superviser les domestiques et passer les heures à coudre  - ou tout autres activités que les dames de nobles naissance faisaient pour combler les longues heures du jour - et il le savait parfaitement. À quoi passait-elle réellement ses journées? Il n’aurait pu l’affirmer avec certitude. Certainement à trainer à la Cour ou bien possiblement à entretenir tous ces liens qu’elle possédait et qu’ils leurs étaient si utiles.

Dans la demeure, les domestiques s’affairaient à préparer le repas. Des effluves de viande rôtie se dégageaient de la cuisine et donnaient déjà à saliver. Les flammes crépitaient dans les différents foyers, gardant chaude la maison pour les longues nuit d’hiver. Les deux braques de Philippe étaient étendues devant les flammes, à demi endormis.

Philippe, lui, attendait vivement le retour de Sophie. En effet, il avait quelque chose à lui montrer. Ou plutôt à lui faire goûter. Et comme un gamin excité il se retrouvait à faire les cent pas, attentif à chaque bruit de porte, déçu lorsque ce n’était pas sa douce mais plutôt l’un des domestique venu lui poser quelconque question. Il était installé dans le petit séjour où se trouvait également son bureau de travail. La pièce était un désordre pire qu’à l’habitude. Alors que d’ordinaire, son bureau était recouvert de livres ouverts, de manuscrits, de plumes et d’encre, ce soir tout avait été cavalièrement repoussé. Une pile s’était ainsi crée à l’extrémité du bureau en bois, alors que le reste de la paperasse était venu s’échouer au sol. Sur la surface ainsi dégagée du bureau, entre quelques chandelles pour éclairer la pièce, deux tasses, une carafe et une petite boite.

Il avait passé la journée avec un vieil ami tout juste rentré en France. Alors qu’ils s‘étaient connus plus jeune, quand Philippe n’était encore ni noble ni riche, leur amitié avait perduré malgré les longs moments sans se voir. Philippe et Mazhar s’étaient lié d’amitié alors que le père de ce dernier était l’un des fournisseurs pour la boutique d’étoffes du père de Philippe. Mazhar avait succédé à son père, contrairement à Philippe, et oeuvrait encore comme reconnus marchand d’étoffes turques. L’allure exotique de ce dernier, sans oublier toutes les histoires de son chez-soi bien différent de la France, avait toujours fasciné le Comte. Ils étaient restés en contact, malgré le chemin différent que pris Philippe avec les années, et chaque fois qu’il passait par la grande Capitale, sans manquement, ils faisaient croiser leur chemin à nouveau.

« Monsieur, Madame est arrivée. »
« Ah, merci Jean. »

Cette fois, il savait que le bruit de porte signalait l’arrivée de Sophie. Et puis le son de ses pas était bien distinct qu’il n’aurait pu le confondre avec quiconque.  
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Sam 30 Déc - 16:39

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
 Sophie n'hésitait jamais à sortir de chez elle lorsque la situation le demandait. Elle avait des lettres à déposer, des personnes à voir, et plutôt que de faire tout cela par l'intermédiaire d'un domestique, elle le faisait d'elle-même. Il y avait là sûrement quelque manque de confiance justifié, et puis, on n'est jamais mieux servi que par soi-même: Comme toujours, Sophie préférait amplement mettre toutes les chances de son côté, et si le prix à payer était une simple marche en ville, eh bien elle s'en irait en matinée et reviendrait le soir. Elle avait maintenant de grands manteaux de fourrure pour se protéger du froid, et une voiture fort bien mise avec des chevaux en forme pour la conduire là où elle voulait; alors ce jour-là comme tant d'autres, Sophie était sortie vaquer à ses occupations.

En rentrant, Sophie fut accueillie par une domestique qui, aussitôt après l'avoir saluée, la débarrassa de son manteau, de ses gants et des lettres qu'elle avait ramenées, pendant qu'un autre employé de la maison s'empressait d'aller prévenir Monsieur du retour de Madame.
Une délicieuse odeur embaumait la demeure, et le feu maintenant les murs à une bien agréable température. Somme toute, il y avait là tout le confort que l'on pouvait souhaiter un jour d'hiver. Seulement, était-ce assez pour les Mecquenem ?
Après avoir repris les lettres des mains de sa servante (Sophie ne confiait que rarement son courrier à qui que ce soit), elle décida d'aller saluer son époux qui, visiblement, était rentré avant elle. Leurs fréquentations étaient hasardeuses, et il se pouvait qu'ils ne se croisent qu'à de drôles d'heures. Parfois elle rentrait tard, et lui, parfois il ne rentrait pas. Ils pouvaient se croiser à dix heures tout comme ils pouvaient se retrouver à vingt. Quoi qu'il en soit, ils avaient appris à vivre avec ce rythme de vie qui changeait au jour le jour, et chacun y trouvait son compte, d'une manière ou d'une autre.

Une fois arrivée devant la porte du bureau de son époux, la jeune comtesse en franchit le seuil sans frapper. Il n'était pas dans ses habitudes d'êtres des plus formelles avec Philippe, et puis, il avait bien dû l'avoir entendue arriver au son délicat et régulier de ses talons claquant au sol.
En rentrant, elle affichait une expression pleinement détendue. La journée avait-elle été bonne ? Allez savoir. Sophie était bien de celles qui contenaient leur ressenti immédiat; si elle avait quelque mécontentement à exprimer, elle le ferait plus tard, et seulement si Philippe était concerné. Pour le moment, tout était tranquille, et quand bien même elle ne souriait pas, son regard pétillant le faisait pour elle.
Les joues encore rougies par le froid extérieur et tenant son petit paquet de lettres entre ses fines mains, Sophie s'approcha de Philippe, s'arrêtant une fois à proximité de ce-dernier, et tout en parcourant la pièce du regard, lui adressa quelques mots:

« Quel temps ! Je suis bien heureuse d'être rentrée. Bonsoir, Philippe. »
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Dim 31 Déc - 4:36

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
Elle était jolie. Comme à son habitude. Les joues clairement rosie par le froid hivernale, une couleur qui complimentait à merveille son teint pâle qui lui contrastait avec ses cheveux foncés. Elle avait toujours été très belle, mais parfois Philippe se demandait si son avis était biaisé par le fait qu’il savait la valeur qu’elle avait.
Était-ce étrange de vouloir que tous les hommes se retournent au passage de sa femme, qu’ils le regarde la suivre avec envie ? Et même s’il se savait ne pas être amoureux d’elle, il ne pouvait s’empêcher de la regarder avec envie et admiration. Peut-être un jour finirait-il réellement par tomber sous son charme total? Peut-être la belle réussirait-elle à tisser ses filets autour de Philippe comme elle semblait si bien le faire avec les gens opportuns…

Mais s’il était quelque chose que Philippe appréciait plus que tout de chez Sophie, c’était qu’il pouvait lui parler de bien plus de choses que toutes les autres femmes qu’il eut connus semblaient s’intéresser. Il pouvait lui parler de politique et il savait qu’elle serait au jour des derniers mouvements. Il pouvait lui parler des jeux de la Cour et elle semblait déjà en connaitre les manigances. Et s’il aurait semblé qu’il puisse tout lui dire, il se gardait toutefois une gêne. Même s’il s’était rendu jusqu’ici grâce à elle, parfois, il se disait que peut-être c’était mieux si elle ne savait pas tout…

Ce n’était pas le cas aujourd’hui. Aujourd’hui, l’excitation d’une nouvelle idée faisait qu’il voulait absolument la partager.

« Quel temps, oui. Affreusement froid. Nous devrions partir pour l’Espagne, le temps y serait certainement clément. Peut-être que la Cour de Charles II est bien, va savoir… »

Les phrases s’étaient enchainées rapidement. Il n’avait parlé ainsi que par politesse pour répondre à l’ouverture de Sophie. Il avait bien mieux à pensé que le temps qu’il faisait à l’extérieur, et s’il était vrai que la Cour d’Espagne était certainement plaisante et à coup sûr les degrés plus chaud qu’à Paris, en hiver, il n’avait pas vraiment l’intérêt d’y déménager. Ils étaient montés trop haut ici pour repartir de ci-tôt sans bien prendre le temps d’en profiter. Plus tard, peut-être, s’il sentait qu’il plafonnait et qu’il avait meilleur opportunité ailleurs…

« Allez, vient voir, j’ai quelque chose à te montrer. »

Il s’était approché d’elle, posant une main au creux de son dos pour l’entrainer vers le bureau, ne lui donnant réellement pas le choix de le suivre. Et presque dans le même mouvement, il avait retiré le paquet de lettres de ses mains pour le remplacer par une tasse contenant un liquide brun encore chaud.

« Du café ! Allez, goûte! »
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Lun 1 Jan - 1:47

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
« L'Espagne ? Nous avons déjà bien des choses à penser ici. »

Lorsque Philippe lui parla d'Espagne, Sophie ne put s'empêcher de rire doucement, le rire de celle qui était amusée d'une telle idée, même en étant pleinement consciente qu'il s'agissait d'une plaisanterie. D'ailleurs, elle ne rebondit pas sur le sujet et clôtura cette partie de la conversation par sa réponse aussi simple qu'efficace. Après tout, il ne s'agissait que d'une entrée en matière; une manière d'aborder Philippe chaleureusement, et avec plus de proximité qu'elle l'aurait fait avec un simple "Bonsoir". Ils étaient tout de même mariés, et encore mieux: ils étaient complices. Converser de manière familière était bien la moindre des choses pour ceux qui partageaient plus d'un secret, et pas des moindres.

En entrant, Sophie aurait juré avoir remarqué quelque chose d'impatient dans l'attitude de son époux. Elle en avait déduit qu'il avait une pensée qui le préoccupait et qui l'empêchait de se tenir en place, peut-être se réjouissait-il même de son retour ? Et en effet, elle ne s'était pas trompée: Philippe avait bien quelque chose derrière la tête, et il comptait bien lui montrer, mieux: lui faire goûter.
Ainsi, sans avoir vraiment eu le temps de dire quoi que ce soit, la jeune comtesse se retrouva avec une tasse encore chaude entre ses mains. Un breuvage sombre duquel se dégageait un parfum bien singulier, et pourtant, assez agréable. Du café ? Elle en avait entendu parler par-ci et par-là, surtout à la cour où certains vantaient ses vertus et où certaines déploraient son goût. Sophie, elle, n'avait jamais eu la possibilité de goûter cette boisson. Elle ne l'avait même jamais vue en vrai, et ne connaissait que son nom et ses diverses réputations. Mais maintenant, et contre toute attente, Philippe lui apportait cela dans une tasse en porcelaine; elle ne pouvait qu'en être ravie, presque tout autant qu'elle était intriguée.

« Du café ? »

Même si Sophie restait contenue, l'excitation de son regard et de son petit sourire curieux ne faisaient nul doute de l'intérêt qu'elle portait à la trouvaille de son époux. Alors sans perdre de temps, elle porta la tasse à ses lèvres et en but prudemment quelques gorgées, à la fois pour éviter de se brûler, mais également car elle ne savait pas à quoi s'attendre.
Seulement, le goût dudit café la surprit assurément, et elle fronça les sourcils en baissant la tasse afin d'en observer le contenu. Tout en se léchant les lèvres des quelques goûtes de café qui s'y étaient posées, elle demanda à son époux, sur un ton assez mitigé, et pourtant, toujours intrigué:

« Dieu que c'est amer... Mais où as-tu donc dégoté cela ? »

Et puis, sur ce, elle en but encore une gorgée. Le goût avait beau ne pas être des plus plaisants, il l'intriguait suffisamment pour qu'elle veuille s'en assurer une deuxième fois. Ce n'est pas non plus tous les jours que l'on a l'occasion d'accéder à de tels produits exotiques, et ce n'est certainement pas la jeune Sophie qui reculerait devant ce genre de nouvelle expérience, et Philippe le savait bien. 
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Mer 3 Jan - 22:15

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
Il avait su captiver son intérêt avec ces quelques mots. Il le voyait bien à la note pétillante que son regard avait soudainement pris.
Un peu comme le chocolat, le café faisait tout juste son entrée à la Cour de France. Rares étaient ceux et celles qui pouvait y goûter. Que de très petites quantité étaient importées et dégustées. Mais essayez de cacher une telle nouveauté est impossible. Presque tous devaient avoir entendu ce mot au moins une fois, souvent sans réellement comprendre de quoi il s’agissait. C’était un murmure qui courait les longs corridors de Versailles. Et alors que tout juste, le chocolat semblait prendre de son envol, dans l’ombre semblait se tramer cette nouvelle entrée. Après les épices, après le chocolat, viendrait le café. Philippe était emballé par cette idée. Il était surtout emballé par l’exclusivité qu’il avait. Bien des nobles n’y avaient pas même encore goûté. Ah ! Peut-être même que le Roi lui-même n’en avait pas encore porté une tasse à ses lèvres.

Il observa avec attention Sophie prendre prudemment une gorgée. Étudiant les légères grimaces de surprise de ses traits. Le nez qui se frousse, les sourcils qui se froncent. En vérité il n’était pas surpris d’une telle réaction, la surprise aurait été totale si elle s’était exclamée d’extase. Et elle n’avait pas tord. C’était amer.

« Oui, c’est un peu meilleur avec du sucre. »

Il avait repris un instant la tasse des mains de Sophie pour y ajouter du sucre avant de la lui redonner.
Tout comme le chocolat auquel on ajoutait du sucre de canne, le café avait besoin de ce côté sucré pour pouvoir se déguster sans grimacer. Mais pour le reste, il ressemblait bien plus haut thé dans sa confection : de l’eau chaude dans laquelle on trempait, non pas des feuilles, mais des grains. Il ne comprenait pas réellement l’attrait de boire ce dernier. Si le goût était meilleur avec du sucre, il préférait encore cent fois un verre de vin ou du brandy. Mais c’était la boisson que tous prenaient en Turquie, selon Mazhar, et une telle ferveur finirait bientôt par prendre de l’ampleur ici aussi.

« Mazhar m’en a rapporté. Le café en Turquie c’est un peu comme le chocolat en Espagne. Tous en boivent. »

Tous signifiait ici plutôt une portion restreinte de la populace. Essentiellement les nobles et la haute bourgeoisie. Le petit peuple n’avait d’argent à dépenser pour un tel luxe.  Mais tous étaient uniquement les gens qui importaient réellement pour Philippe. Si tous les nobles faisaient quelque chose, il était certain que Philippe souhaitait le faire aussi. Et s’il pouvait les devancer à le faire, encore mieux !

« Tu imagines un instant ? C’est un vrai petit filon d’or ! Avec l’exclusivité de Challiou et du chocolat, il n’y aurait d’argent à faire qu’en la contrebande. Et puis qui voudraient de notre chocolat alors qu’ils ont accès au fournisseur de la Reine? Mais le café ! »

L’excitation de cette nouvelle idée s’étaient emparée de lui. Son regard était pétillant, ses paroles s’enchaînaient plus rapidement qu’à l’habitude.
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Mer 10 Jan - 20:54

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
Avant que Sophie n’ait eu le temps d’ajouter quoi que ce soit, Philippe lui avait pris la tasse des mains pour remédier à cette amertume en y ajoutant du sucre, comme cela était souvent fait avec le chocolat. Le chocolat était une boisson que Sophie avait déjà goûté par le passé, et assez récemment d’ailleurs. Le breuvage avait été présenté à quelques dames de la cour lors d’une soirée particulière, et la jeune comtesse, alors tout juste mariée, avait retenu tout de la préparation de ce fameux liquide que l’on qualifiait d’aphrodisiaque. Les arômes, le sucre ajouté, elle se souvenait de tout. Etait-ce donc similaire au café ?

Lorsque Philippe lui remit la tasse entre les mains, Sophie eut la possibilité d’obtenir une réponse à cette question qui lui avait inconsciemment traversé l’esprit. Elle but donc quelques gorgées de cette version revisitée du café, et étonnamment, elle en trouva le goût sacrément changé, et ce, dans le meilleur des sens.
Les saveurs qu’elle découvrait maintenant n’étaient pas comparables au chocolat. C’était quelque chose de plus fort, même sucré, et pourtant, bien plus intense. C’était plus fort, mais cela se buvait bien plus aisément, et elle le trouva même fort à son goût. Un coup de foudre, somme toute, qu’elle voyait déjà, tout comme Philippe, partagé par bien des courtisans. Et en effet, là-dessus, leurs pensées se joignirent : Si le chocolat avait lancé une tendance en devenant plus accessible officiellement, ce café, en revanche, était une exclusivité sur laquelle son époux était un des premiers français à avoir pu mettre la main grâce à quelque contact bien tombé ; en ce cas-ci, il s’agissait du fameux Mazhar dont elle avait déjà entendu parler, et qu’il lui avait même été donné de rencontrer, à l’occasion.

Alors que le sourire dessiné sur ses lèvres rouges s’étirait, Sophie se tourna vers Philippe et haussa un sourcil, regardant tour à tour son époux et la tasse qu’elle tenait toujours.


«  C’est une bien belle mine d’or que tu tiens là. Que ce soit avec Mazhar ou un autre, si tu trouves l’opportunité d’organiser un partenariat, nous pourrions être les premiers à introduire cela à la cour. »


Elle marqua une courte pause afin de boire une nouvelle gorgée du café, tandis que les idées germaient dans son esprit.

«  Imagine seulement : après l’ère du chocolat viendra l’ère du café ! Une boisson à la fois plus intense et plus légère, qui saura ravir bien des goûts si l’on trouve de bonnes recettes. En important ce café directement de Turquie grâce à tes amis, nous pourrions organiser des ventes sensationnelles grâce aux miens, et les profits seraient aussi financier que sociaux ; imagines-tu le nombre de nobles voulant s’attirer nos faveurs pour être parmi les privilégiés ayant accès au café ? C’est une rareté que le chocolat ne sera bientôt plus. »

 
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Ven 12 Jan - 0:04

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
Appréciait-elle réellement le breuvage ou continuait-elle d’en prendre de nouvelles gorgées dans le but d’étudier ce dernier et dans déceler toutes les saveurs? Il n’aurait su réellement dire. Sophie était beaucoup plus méticuleuse et attentive que lui. Il s’était contenté d’une grande gorgée pour se faire une idée, avait décrété le breuvage intéressant mais sans plus. S’il allait se contenter d’autres choses à siroter, il avait su toutefois rapidement en reconnaitre le potentiel. Le goût à lui-seul n’était pas tant important pour rendre quelque chose recherché. Si seulement on pouvait s’imaginer tout ce qui s’ingérait simplement pour le pouvoir des vertus vantées !

Il était content. Il était content que Sophie soit du même avis que lui. Est-ce que cela aurait changé quelque chose qu’elle trouve l’idée incongrue, qu’elle trouve le goût horrible, ou ce nouveau plan d’affaire irréaliste? Pas réellement. Philippe n’était pas du genre à devoir obtenir l’accord ou l’appui d’autrui pour se lancer dans quelque chose. Si Sophie n’embarquait pas, alors il aurait simplement procédé dans son dos.
« Ah! qu’il s’exclama, voilà pourquoi j’ai bien fait de t’épouser! »
Si sa femme était du même avis que lui et voyait aussi du potentiel dans ses idées, alors il venait de gagner une carte importante dans son jeu. Comme elle l’avait si bien dit, Philippe avait les contacts pour importer le café en France, mais s’ils voulaient faire plus que de l’argent, c’est-à-dire y gagner aussi une certaine position, c’était les amis de Sophie qui seraient ici nécessaires.

« C’est vrai qu’en obtenir des profits sociaux serait aussi à notre avantage. Si on pouvait ainsi se rapprocher de quelques ducs ou marquis aussi… » tout en parlant, un peu comme s’il réfléchissait à voix haute, il s’était dirigé vers le fond de la pièce, où sur une petite table il prit une coupe dans laquelle il se versa un fond de brandy, ainsi délaissant la deuxième tasse de café encore fumante qu’il s’était versée sur le bureau sans même y toucher. Pour réfléchir et cogiter, et pour bien d’autres choses d’ailleurs, rien n’égalait les arômes typiques du brandy. « Il faudrait d’abord organiser quelque chose de très privé. Mais inviter de ces dames assez commères pour que le mot se passe telle une rumeur à la Cour. Nous avons goûté au café chez les de Mecquenem. Juste assez pour égayer la curiosité de tous en premier lieu. » Il était venu s’asseoir dans le fauteuil derrière son bureau, faisant valser le liquide ambre dans sa coupe sans encore en prendre une gorgée.

Puis son regard s’était relevé pour se reposer à nouveau sur son épouse, comme s’il la voyait pour la première fois de la soirée.  « Tu es ravissante ce soir. » Elle l’était. Et soudainement il s’en rendait compte, comme si le voile de l’excitation une fois passé le laissait l’observer sous une nouvelle lumière. Son regard descendit vers le paquet de lettres qu’il lui avait pris des mains et déposé sur le bureau, puis de nouveau vers elle.
« Des affaires particulières à régler aujourd’hui? »

 
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Ven 12 Jan - 10:08

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
Si de nombreuses femmes auraient pu être vexées par la réflexion de Philippe sur le pourquoi de leurs épousailles. Cependant, Sophie était pleinement consciente que leur mariage était avant tout fondé sur des opportunités prometteuses et des intérêts communs, là où beaucoup auraient préféré s’imaginer une aventure romantique telle que l’on les raconte dans les histoires. Si quelquefois il lui arrivait de s’égarer dans ce genre de pensée, elle se ramenait très vite à la raison, et bientôt, la vérité et la lucidité reprenaient le dessus sur son imagination et sur ses envies. Elle n’avait pas le temps de rêver, et elle s’en passait. Par conséquent, elle ne réagit aucunement mal, et se contenta simplement d’esquisser un léger sourire à mi-chemin entre la complicité et la réflexion. Voilà une autre des caractéristiques de Sophie ; elle se projetait déjà dans le futur de cette idée ayant germé dans l’esprit de Philippe. Quelques noms lui revinrent en tête, des noms à qui elle pouvait toucher quelques mots au sujet de la revente de ce fameux café. Mais bien entendu, chaque chose en son temps.

Lorsque Philippe proposa un moyen d’attirer les foules exclusives et d’attiser les rumeurs bénéfiques, Sophie prit quelques instants pour réfléchir à son tour, afin de voir où cela pouvait mener. Au bout du compte, elle finit par hocher la tête et dit, posant la tasse de café sur le bureau de Philippe, juste à côté de la seconde tasse à laquelle il ne semblait pas avoir touché :

«  Une soirée priée, à l’occasion de laquelle nous aurions une subtile surprise pour nos invités… » commença-t-elle, réfléchissant à haute voix, mais avec l’intention que Philippe l’écoute attentivement.

« Je peux nous dégoter une liste de convives idéale. » conclut-elle en jetant un rapide regard autour d’elle, sans réelle raison en réalité, avant de regarder à nouveau son époux qui, entre temps, s’était servi un verre de son légendaire Brandy avant de prendre place dans son confortable fauteuil derrière son bureau sur lequel s’entassaient divers documents, les boissons, ainsi que le paquet de lettres que Sophie avait dans les mains en rentrant, et sur lequel il n’allait pas tarder à attirer son attention.

Lorsqu’il la complimenta, Sophie esquissa un nouveau sourire, sans pour autant dire quoi que ce soit à ce sujet. Le « Tu es ravissante ce soir » sonnait à ses oreilles plus comme une formalité que comme un réel constat, à tort ou à raison. Cette phrase, elle l’entendait souvent à la cour ; les nobles se l’échangeaient quotidiennement et ce, même s’il n’y avait pas une once d’honnêteté. Plus elle passait de temps à la cour, et plus les compliments perdaient leur valeur aux yeux malicieux de la jeune comtesse. Elle les appréciait, oui, surtout lorsqu’il venaient de son époux, mais elle ne s’y attachait pas comme elle l’aurait sûrement fait quelques années auparavant. Elle avait un rapport bien singulier aux autres et leur sincérité.

«  Chaque affaire est particulière. » répondit-elle au sujet des lettres, haussant doucement les épaules sans que son léger sourire ne quitte ses lèvres. « Rien de nouveau ; juste quelques confirmations. »
Voilà tout ce qu’elle pouvait et comptait dire. Sophie avait une bien simple philosophie : moins il y avait de personnes au courant, plus faciles étaient les affaires. Ainsi, il lui arrivait de cacher le contenu de ses correspondances à Philippe, tout en lui garantissant indirectement qu’elle avait la situation sous contrôle. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que jusque-là, cette parole avait toujours été respectée.
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Sam 13 Jan - 0:41

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
Il s’imaginait déjà cette soirée. Il s’imaginait surtout la surprise à la fin d’un bon repas, où au lieu de friandises sucrées auxquelles s’attendraient certainement leurs convives, ils leur présenteraient ces tasses fumantes d’un liquide brunâtre. Oh ! Vous nous servez du chocolat ! Quelle gentille attention. C’est certainement la première idée qui leur viendrait à l’esprit. Le chocolat était la boisson à la mode chez les nobles, et si l’on souhaitait recevoir en grand ses invités, il convenait d’en dénicher une petite quantité à servir pour clore le repas. Si la boisson était un peu plus accessible de jour en jour, ce n’était toutefois pas quelque chose que l’on pouvait se procurer en assez grande quantité pour l’inclure à son régime quotidien. Sauf bien sur si vous êtes la Reine. Du café? Vraiment? Mais je n’y ai jamais goûté ! Et Sophie pourrait leur vanter les vertus que l’on lui attribuait, alors qu’il leur servirait lui-même chacun une tasse, comme s’il s’agissait d’une denrée si rare qu’on ne laisser pas même les domestiques le manipuler.

« Oui, bien entendu. »
Bien entendu que Sophie serait capable de trouver les convives idéaux. Elle avait beaucoup plus de liens à la Cour qu’il en avait. Et surtout, elle semblait presque connaitre tout de monde déjà, jusqu’à leurs habitudes et les liens que chacun possédait. Peut-être était-ce une affaire de femme après tout. Alors qu’elles étaient souvent relayées au poste de spectatrice pour la prise de décisions, cela leur donnait cet avantage qui aurait, au final, été bien utile aux hommes. Les femmes entre elles parlaient ; de ce que la duchesse avait fait à la soirée de la Reine, que le marquis voyait la femme du vicomte en cachette, et de qui était-elle réellement enceinte? Que le comte avait de nombre fois rendu visite au duc, alors que le Roi l’avait renvoyé de la Cour. Elles semblaient, d’une faon ou d’une autre, tout savoir. Et les hommes entre eux parlaient, aussi, certes ; avaient-il vu la nouvelle arrivante chez Sophie? Une perle venue d’Asie. Et que pensaient-ils de la nouvelle coqueluche du Roi? La demoiselle aurait, paraitrait-il, une soeur jumelle…

Quand Sophie répondit à sa dernière question d’une façon on ne peu plus vague, son regard vint se loger dans le sien, immobile, comme attendant un peu plus d’informations. De longues secondes. Et puis il haussa les épaules et porta sa coupe à ses lèvres, noyant la frustration qu’il pouvait ressentir dans le goût si familier, si aimé, de son brandy.
S’il n’appréciait pas particulièrement que Sophie trame diverses affaires sans vouloir lui en glisser mots, il se taisait. Il se taisait parce qu’il se savait faire exactement la même chose, il se taisait parce que Sophie, si au courant, ne disait rien. Rien aux affaires louches qu’il menait pour grossir ses chiffres en banque, rien de ces soirs où il rentrait tard, bien passé les dernières lueurs du jour, sans parler de ces soirs où il ne rentrait pas…
Il en aurait été autrement s’il avait épousé quiconque d’autre, mais Sophie était celle qui l’avait mené où ils étaient tout deux en ce moment. Et si tout était sous contrôle, alors il n’avait pas réellement besoin de savoir ce que la belle tramait.

« Alors je te laisse le soin d’organiser la soirée. J’irai chasser quelque chose à servir à nos invités. » Il avait changé de sujet, parce qu’il n’avait pas l’envie de se disputer, pas ce soir.
« …ou peut-être aimerais-tu m’accompagner? »
Un sourire étira doucement ses lèvres à ces derniers mots, alors que le souvenir de la dernière fois qu’ils étaient partis chasser ensemble lui revint en tête. C’était tout juste avant qu’ils se marient, et il se souvenait bien plus de sa douce que de ce qu’ils avaient attrapés. Étaient-ils seulement rentrés avec quelque chose?
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Sam 13 Jan - 20:55

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
Sophie aussi avait déjà bien des idées pour cette fameuse soirée dont la possibilité venait pourtant tout juste d’être évoquée. Elle s’imaginait elle aussi les sensations et l’émerveillement des convives dont aucun ne se serait attendu à recevoir un met aussi inconnu que le café, et pourtant, ô combien palpitant. À Versailles, on s’habitue très vites aux nouveautés. Il suffit que la reine exhibe ses nouveaux joyaux un jour pour qu’ils soient déjà oubliés dès le suivant. Il en fallait toujours plus pour étonner la galerie et faire parler de soi, et pour ce faire, les Mecquenem avaient déjà ce charmant manège qui consistait à dévoiler du café là où tout le monde penserait au chocolat.
Alors, lorsque Philippe approuva finalement l’idée, Sophie ne put qu’esquisser un sourire en coin, aussi enthousiaste que secret, comme si elle avait hâte de mettre ce plan en œuvre. C’était bel et bien le cas, mais on aurait tort de penser que la jeune comtesse était prête à se jeter aussi naïvement dans la fosse, invitant n’importe qui à une soirée organisée n’importe comment. Sophie ne négligeait aucun détail, et cette soirée allait prouver ce point comme jamais. Les fastes seraient au rendez-vous, mais exploités stratégiquement afin de ne pas mettre en danger la fortune ou la réputation des deux époux. Ainsi, si Sophie affirmait pouvoir concocter une liste de convives idéales -ce qui était assurément dans ses cordes-, il allait lui falloir un peu de temps pour y réfléchir attentivement, peut-être pour enquêter aussi. Il suffirait d’une simple erreur de placement, de deux individus ne se tolérant pas pour débuter un scandale qui les frapperait, Philippe et elle, d’un coup bien plus fort que ce qu’ils sont prêts à encaisser. Par conséquent, il allait falloir qu’elle prenne la tâche très au sérieux, et surtout, qu’elle agisse vite. Dieu sait quels vents parviendront jusqu’à Versailles demain : s’ils attendent trop, le café perdra toute son exclusivité, et par conséquent, toute sa valeur.

Si la conversation semblait arriver à une fin assez délicate due aux cachoteries de Sophie au sujet du contenu de ses lettres (car elle était bien décidée à ne pas donner de détails), Philippe trouva un habile moyen de la relancer sur une note bien plus prometteuse en mentionnant la chasse.
La dernière fois que Sophie s’était rendue à une chasse, c’était également en compagnie de Philippe. Cela s’était passé très peu avant leur mariage, et elle s’en souvenait parfaitement : de leurs plaisanteries à leurs confidences, en passant par le fait qu’ils étaient rentrés épuisés, bredouille, mais pleinement et curieusement ravis. Cette expédition leur avait prouvé que, bien qu’ils se fréquentaient pour les avantages, ils avaient la chance de ne pas être désagréable l’un à l’autre, et plutôt bien s’entendre là où de nombreuses autres paires n’auraient fait que s’aboyer dessus.
Alors, lorsque Philippe proposa de renouveler l’expérience, Sophie sourit, s’approchant de son bureau jusqu’à s’appuyer doucement dessus et de soutenir le regard de Philippe. Haussant légèrement les sourcils avec un certain air de défi, elle dit, d’un ton à la fois mielleux et plaisantin :

«  À condition que tu me laisses tirer sur le gibier. »


 
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Dim 14 Jan - 5:50

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
Il se souvenait de ce jour d’automne, où à grand galops sur son cheval cendré, au travers des arbres dont les feuilles s’étaient parées de jolies couleurs, il avait entrainé la belle dans une partie de chasse. Il avait été agréablement surpris d’abord que l’idée lui tente ! Toujours si bien parée, coiffée et habillées à en jalouser toute les filles autours, il n’avait pas pensé que Sophie eut été du genre à chevaucher à toute allure, suivant les chiens à la course qui avaient flairé quelque chose. Les jolies jeunes femme préféraient d’habitude les promenades, ou bien toute autre activité qui ne les feraient pas revenir à demi couverte de boue. Et puis il s’était dit qu’elle ne voulait bien venir que se donner des airs, et que rapidement elle viendrait à se plaindre. Que l’on était pas confortable sur les chevaux, que le temps était long ou bien même qu’il faisait froid. Et pourtant. Il avait été surpris. Surpris qu’elle le suive ainsi, sans mot dire, comme si elle avait fait cela toute sa vie. Surpris qu’ils aient tant de plaisir, alors qu’ils s’échangeaient plaisanteries et confidences.

C’était certainement dans un instant comme celui-ci qu’il s’était dit que Sophie était le genre de femme qu’il devrait épouser. Oh, elle venait peut-être sans titre ni famille, sans dote ni terre, mais elle lui apportait bien plus. Il n’avait pas besoin d’une femme qui ne serait là qu’à lui faire des héritiers. Héritiers de quoi seraient ils alors? Héritiers du travail à refaire, toujours et chaque jour? Sophie pouvait les élever, les élever là où leur nom serait retenu et respecté. Mais surtout, si elle pouvait faire cela tout en le faisant sourire, alors il serait comblé. Ils s’entendaient bien, ils étaient capable de se faire rire l’un et l’autre, et c’était beaucoup plus que suffisant.

Ni l’un ni l’autre n’étaient nés dans un milieu ou leur mariage était politique. Mais Philippe savait fort bien que l’amour était obstacle à l’ascension Ah ces pauvres qui se mariaient d’amour, qui vivaient ensemble main dans la main. Mais jamais ils n’accéderaient ainsi à ce monde tout là haut, ce monde où chaque mouvement était celui d’un grand jeu pensé et réfléchit. L’amour n’apportait rien de plus que ce qu’elle était.
Pourtant, ils n’étaient pas obligés de se détester. Alors quand il se rendit compte que la jeune femme à l’ambition de grandeur aussi démesuré que la sienne était aussi d’agréable compagnie, il lui proposer de l’épouser. Il avait les moyens financiers de supporter ses ambitions, mais il osait pourtant croire qu’elle accepta aussi parce qu’elle n’était pas insensible à son sourire charmeur…

« Te laisser porter le coup de grâce? » Il était venu déposer sa coupe sur son bureau, haussant à son tour un sourcil et venant croiser les bras sur la surface de bois du meuble, soutenant en retour le regard de sa femme, un sourire en coin. « Ce n’est pourtant pas une affaire de femme. Abattre un animal, tuer. »

Il savait que ce n’était certainement pas quelque chose qui rebuterait réellement Sophie. Aussi l’avait-il dit plutôt en plaisanterie, avec ce ton faussement sérieux.

« Et puis l’arme est lourde, et il faut savoir viser… » qu’il enchaina, son sourire s’agrandissant. Puis il recula, retournant se caler dans son fauteuil, déposant les bras de chaque côté de son fauteuil, bien appuyés, comme s’il cédait soudainement à la demande de Sophie, alors qu’il n’avait en vérité jamais eu l’intention de lui refuser un tel plaisir.
« Soit, c’est d’accord, tu en auras l’honneur. Par contre celui qui porte coup éventre et vide la bête. »
 
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Jeu 18 Jan - 11:10

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
Sophie ne quitta Philippe des yeux pas un seul instant. Elle guettait la moindre de ses réactions, chaque geste et chaque regard lui étaient importants. Pourtant, ce n’est pas comme s’ils s’étaient trouvés dans une situation cruciale, entre négociations et révélations. Cette conversation était parfaitement légitime, et presque anodine. Un homme et sa femme discutant d’une partie de chasse à venir, c’était peu commun, mais cela se tenait pleinement. Alors pourquoi prenait-elle cela tellement à cœur ?
En réalité, Sophie accordait de l’importance à chaque chose qu’elle entreprenait. Elle ne se permettait aucunement de négliger les détails ; c’était même ce qui comptait le plus à ses yeux. Alors que ce soit au moment de passer un accord ou en conversant simplement avec Philippe, elle s’imprégnait toujours des surprises que pouvait lui réserver son interlocuteur.
Grande amatrice de l’art de mener la conversation, elle abordait chaque personne avec autant de prudence que d’intérêt. On ne sait jamais quel genre de surprise un inconnu peut réserver, et dans sa courte vie, ce fait s’est avéré aussi clément que destructeur et ce, à maintes reprises. Autant de méfiance que d’ouverture d’esprit ; autant d’écoute que d’appréhension -oui, Sophie était un mélange bien équilibré de toutes ces choses qui forment l’art de l’écoute, et avec lui, celui de la conversation.

En écoutant la réponse de son époux, le regard de Sophie s’adoucit d’une lueur quelque peu amère. Tuer n’était pas une affaire de femme. Abattre, arracher le dernier souffle, confisquer son dernier battement de cœur à un être déjà condamné, tout ça, c’était bien trop dur, bien trop cruel pour les douces mains d’une jeune fille. Sophie n’allait pas dire le contraire, car au fond, elle devait certainement être d’accord, d’une manière ou d’une autre. Mais alors, qu’est-ce qui l’empêchait de se rebuter ?
Sans qu’elle ne sache vraiment pourquoi, Sophie n’était pas réticente à l’idée de tirer lors d’une partie de chasse. Peut-être qu’elle n’était pas aussi « femme » qu’elle en avait l’air, après tout ? Elle savait négocier, elle savait planifier et conspirer à l’abri des regards et des oreilles. Derrière sa peau des plus lisses et ses longs cils sombres, il y avait un esprit manipulateur et ambitieux à souhait, parvenu à se hisser là où il n’aurait jamais dû être, et ne comptant pas s’arrêter en si bon chemin. Sophie était une main de fer dans le somptueux des gants de soie, et une poigne aussi assoiffée de dominance n’avait aucun scrupule à appuyer sur la gâchette une fois le moment venu.

Reprenant un sourire en coin, la jeune fille pencha doucement la tête sur le côté, haussant légèrement les épaules avant de répondre à Philippe :

«  J’ai porté plus lourd que des armes, mais tu seras là pour me guider, pas vrai ? »
demanda-t-elle en lui adressant un regard presque flatteur, lui insinuant qu’elle avait besoin de son aide -ou du moins, qu’elle en avait envie.

« Nous verrons bien sur place pour ce qui est des entrailles. »
ajouta-t-elle en se redressant à son tour. Elle devait sûrement avoir quelque idée derrière la tête pour se tirer d’affaire, allez savoir…


 
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Sam 20 Jan - 1:37

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
« Pour te guider? »

Peu importe qu’elle ai réellement besoin de son aide ou pas, Philippe aimait la flatterie, il aimait sentir que les femmes, sa femme, avait besoin de lui. Était-ce simplement parce qu’il était un homme? Ou bien était-ce aussi un peu qu’il ait toujours associé ce sentiment à ceux qui avaient réussis, qui étaient là-haut? Personne n’avait besoin d’aide de la racaille du fond de Paris, personne ne les enviait, les complimentaient. Quand plus jeune à l’atelier de son père, des nobles venaient chercher leur costumes, Philippe regardaient les vêtements avec jalousie, il les regardaient partir avec admiration. Il voulait que les autres ressentent ce sentiment face à lui. C’était ce qu’on devait éprouver face aux nobles. C’était comme cela, à ses yeux, qu’il saurait être à la bonne place. Il avait besoin de ces regards, des ces mots doux. Qu’ils soient véridiques ou non. Philippe vivait pour ceux-ci.

« Bien entendu. Je serai juste derrière toi, pour te guider sur quelle partie de la bête bien viser, pour te soutenir au contrecoup de l’arme lorsque relâchée, te rattraper, mes mains sur… » son regard quitta le sien, descendant le long de sa poitrine, passé sa taille, sur la courbe de ses hanches, certes dissimulé sous les pans de sa robe, mais Philippe savait exactement où là-dessous ses jambes se rejoignaient.. « ...ta taille, t’éviter de perdre l’équilibre et de te salir plus que nécessaire »

En vérité, Philippe lui-même n’avait jamais ouvert l’animal pour s’occuper de ces tâches ingrates qui servaient à faciliter le retour. Il avait toujours laissé cette tâche à un domestique ou autre qui l’accompagnait. Le plaisir était dans la chasse, et dans la dégustation. Une fois le coup porté, l’animal abattu, il rentrait d’habitude pour ne revoir ce dernier que préparé dans son assiette.
Il n’eut le temps que d’esquisser un sourire amusé que deux coup retentirent à la porte laissée ouverte. Il releva le regard, interrompant quelconque réponse qu’il s’apprêtait à donner.
« Madame, » Jean était là, dans l’embrasure, saluant d’abord poliment Sophie, avant de porter son regard sur Philippe. « Monsieur. Le repas est servi. » « Merci Jean. Allez mangez vous-aussi, ce sera tout pour ce soir. »

Jean quitta après un doux hochement de tête, et Philippe se redressa vivement.
« Ah ! Parler de chasse m’a ouvert l’appétit ! »
Son regard retourna sur sa tasse de café encore pleine. Alors qu’ils étaient encore dans les premiers à avoir goûté ce breuvage, il n’était pas pour en gaspiller une seule goûte. Il prit la tasse entre ses doigts et la porta à ses lèvres, engloutissant tout son contenu d’un seul trait, grimaçant légèrement au passage. « Il va falloir que je m’habitue à ce goût si seulement je voudrai faire croire à nos invités qu’il vaut la peine de nous en acheter.. » Il redéposa sa tasse, prenant le paquet de lettres de Sophie et contournant le bureau pour se retrouver à ses côtés. Lui tendant ces dernières il dit : « M’accompagnes-tu pour diner ce soir ou je demande qu’on t’apportes à manger en haut? »
 
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Jeu 25 Jan - 20:30

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
Il faut dire que flatter Philippe avait de quoi amuser Sophie. En réalité, ce n’était pas tant de l’amusement, mais plutôt une satisfaction personnelle : celle de savoir que tout se passait comme prévu. Elle savait comment fonctionnait son époux -savait-elle seulement que c’était également le cas pour la quasi-totalité des hommes ? Ils aimaient être flattés, surtout par des femmes. Lorsqu’un homme en flatte un autre, il n’est pas rare d’y sentir de la jalousie ; lorsqu’une femme flatte un homme, c’est tout autre chose. Philippe s’affirmait sous les compliments de Sophie, et Sophie était satisfaite de l’effet que ça lui faisait ; voilà une autre chose qui avait contribué à balancer à ce point leur couple aux nombreuses facettes. Leur coopération n’en était que meilleure, et parfois, à les voir ainsi fusionnels, il est surprenant de réaliser que leur mariage est envers et contre tout, un mariage d’intérêts.
Ainsi, lorsqu’elle vit le regard de Philippe quitter le sien pour la détailler sous d’autres coutures, Sophie ne dit rien, ne fit rien, et resta en place avec un sourire aux coins des lèvres. Qu’il regarde ; après tout, où était le mal ?

« Tes mains iront où elles le souhaitent, mais seulement après la chasse. Durant celle-ci, je les veux sur le canon, afin que nous puissions abattre la bête ensemble comme nous le faisons avec tous ceux qui se dressent sur notre chemin. » dit-elle en se redressant doucement, parlant d’un ton tranquille et, bien qu’ironisé, empli de vérité : c’était bien ce qu’ils faisaient, après tout. Tous leurs obstacles, ils les avaient toujours surmontés grâce à l’agilité de leurs esprits respectifs. Chacun était différent, mais tous étaient complémentaires. Dans la forêt comme dans la jungle de la cour, Sophie tenait à faire marcher cette stratégie qui ne cessait de porter ses fruits, et qui leur promettait toute la grandeur dont eux, ambitieux qu’ils étaient pouvaient rêver.

Lorsque Jean arriva pour les avertir du fait que le souper était prêt, Sophie s’éloigna de quelques du bureau de Philippe, et celui-ci ne manqua pas de se lever à son tour.
Une fois qu’il fut à ses côtés et qu’il eut congédié le brave Jean, Philippe se tourna vers son épouse et lui tendit le paquet de lettres qu’elle avait en mains au moment de rentrer. Sophie les récupéra à son tour, n’ayant aucunement oublié leur présence, et ne comptait certainement pas les laisser dans le bureau de Philippe : même si elle était tout à fait sereine vis-à-vis de ces lettres et de leur contenu, elle n’aurait pas toléré commettre ce genre d’oubli. Parfois, il valait mieux que chacun s’occupe de ses propres affaires, et Philippe était le premier à se plier à cette règle. Sophie ne disait rien. Elle aurait pu ; mais elle ne le faisait pas. Ce n’est pas tant qu’elle comprenait -c’est surtout qu’elle tolérait, car elle aussi, avait besoin d’une certaine liberté pour mener ses affaires à bien. Alors peu importe que Philippe ne soit pas toujours là le soir, voir même la nuit. Tant qu’elle pouvait gérer ce qu’elle avait entre les mains, Sophie était prête à fermer les yeux.

«  Je n’ai pas la tête à dîner ce soir. Il faut que je réponde à beaucoup de courrier, et je m’en vais le faire aussitôt. »
dit-elle simplement, déclinant ainsi l’invitation de son époux. Sophie avait un sens des priorités parfois blessant ; alors elle alla déposer un bref mais doux baiser sur la joue de Philippe, récupérant au passage le paquet de lettres de ses mains.

« Tu nous a dégotés une superbe affaire, Philippe. Nous aurons bientôt de quoi en être fiers. » ajouta-t-elle, esquissant un sourire.



 
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Jeu 1 Fév - 4:47

Chez soi, Tome I

Sophie & Philippe
Une belle allégorie de leur but commun. Le monde était cette forêt et unis ensemble ils devenaient le canon du fusil, prêt à abattre la bête, ces obstacles qui se dressaient devant eux les empêchant d’avancer et de progresser en ce monde si habillement ficelé. Et ils se devaient de rester unis, puisque là était leur force, mais surtout qu’une fois passé les grandes portes de cet univers de parades et façades, un seul faux pas, de l’un ou de l’autre, pouvait les faire basculer tout bas bien plus rapidement qu’ils étaient montés si haut.

Et une chance que Sophie était là pour lui rappeler cette dure réalité. Philippe avait cette naïveté, certes amusante, mais surtout dangereuse. Il se voyait lui-même insouciant des conséquences, pensant qu’ainsi là-haut il devait immune aux retombées. Il prenait plaisirs à touts les avantages de cette haute société, en abusant souvent, sans se préoccuper des yeux qui observaient ses moindres faits et gestes. Ici tout le monde se prétendaient amis mais en réalité tous étaient ennemis. La main tendus étaient attrapé et l’aide gracieusement offerte si on pouvait en prendre note et espérer une faveur futur. Mais si il venait la possibilité au détriment d’un comparse de se hisser encore plus haut, ah ! Lequel d’entre tous ces nobliaux n’irait prendre cette chance? Tous le feraient. C’était un grand jeu de serpent et échelles, et il fallait survivre, rester en haut le plus longtemps possible et éviter les pièges cachés qui nous feraient dégringoler tout bas.

Quand Sophie déclina son invitation à diner, il fit une petite moue de déception. Son regard glissa un instant sur les lettres dont elle mentionna devoir répondre. Ce même paquet de lettres qu’il avait manipulé plusieurs fois en cette soirée, déposé ici et repris là, sans les ouvrir, sans même les regarder histoire de voir si un nom y était déposé ici ou là? Il se demandait bien quelles correspondances sa femme pouvait entretenir. Il se doutait bien qu’il s’agissait bien plus que de ragots décrié à de la famille éloignées. Il aurait aimé les prendre toutes, s’asseoir à son bureau et assouvir sa curiosité, les lires les unes après les autres. Peut-être entretenait-elle une romance cachée? Peut-être tramait-elle quelconque passe-passe qu’il la ferait héritière d’un lot lointaine et lucratif. Peut-être souhaitait-elle sa mort et hériter de sa richesse pour en disposer à elle seule, peut-être tramait-elle avec ces ensorceleuses, et elle cherchait à l’empoisonner.

Non, bien sur que non. Il ne voyait pas Sophie faire ainsi, et son esprit ne fit que balayer cette idée. Mais il lui faudrait toutefois bien un héritier, qu’à son départ il lègue son héritage et son titre à une fils, à sa chair.

« Oui, mais ce n’est toujours qu’une idée. Il faudra travailler pour la rendre réalité, et vite, avant qu’un autre le fasse en premier. »

Il resta de marbre lorsqu’elle déposa un baiser sur sa joue puis quitta. Il la regarda simplement s’éloigner, le paquet de lettre entre ses mains, les pans de sa robes flattant les planchers, le bruits de ses pas résonnant dans le couloir dans un decrescendo à mesure qu’elle s’éloignait. Et il ne pouvait s’empêcher de se demander se qu’elle fait de si important à régler qui ne pouvait attendre. Qu’elle affaire si urgente demandait la lueur d’une chandelle pour rédiger sa réponse?

Légèrement frustré, il attrapa son manteau, déposé sur une chaise à l’entrée de son bureau, l’enfila et quitta la demeure en ignorant à son tour son souper. Il irait taire ses interrogation ailleurs. Et y trouver compagnie pour manger aussi tant qu’à y être… Pour ce soir, à tout le moins.
 
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